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Le portrait-robot génétique, nouvelle arme des enquêteurs

[3e de 4] À partir d'un échantillon d'ADN trouvé sur une scène de crime, on peut maintenant esquisser les traits d'un suspect.

Un texte de Dominique Forget, de Découverte

Renee Sweeney était étudiante à l’Université Laurentienne, en Ontario, lorsqu’elle a été assassinée au club vidéo où elle travaillait. C’était en 1998. Le meurtrier n’a jamais été retrouvé. Les souvenirs des quelques témoins se sont depuis longtemps estompés.

Pourtant, le 23 janvier 2017, 19 ans après le crime, la police de Sudbury a fait circuler une image du suspect. On y voit un homme caucasien aux yeux bleu-vert et aux cheveux châtains. Ses joues sont légèrement marquées de taches de rousseur.

Ce portrait-robot a été tracé par la firme américaine Parabon Nanolabs, en se basant sur un échantillon d’ADN du meurtrier, prélevé sur la scène du crime.

Quatre continents, 10 000 visages

Les recherches du professeur Mark Shriver, de l’Université Penn State, en Pennsylvanie, ont contribué à mettre au point le logiciel utilisé par Parabon Nanolabs. À la fois anthropologue et généticien, M. Shriver parcourt le monde, poussé par sa fascination des visages humains. Jusqu’à maintenant, 10 000 volontaires sur quatre continents ont participé à ses recherches.

Son équipe prend des photographies de chaque participant, en trois dimensions. Elle fait de gros plans de leurs oreilles et de leurs yeux. Elle mesure avec précision la couleur et la texture de leur peau. Les chercheurs prélèvent même des mèches de cheveux pour analyser leur couleur et leur forme.

Pour finir, chaque volontaire fournit un échantillon de salive qui sert à extraire son ADN, soit la séquence des 20 000 gènes qui composent le génome humain.

Sur la piste des gènes

Afin d’identifier quels gènes se cachent derrière une peau claire, un nez retroussé ou des oreilles décollées, Mark Shriver compare les milliers de visages de sa banque de données. Il cherche à établir des corrélations entre des traits spécifiques et les gènes de volontaires.

Pour certains traits physiques, les liens avec les gènes sont assez faciles à établir.

La plupart des traits physiques sont beaucoup plus complexes à déterminer. Mark Shriver croit que plusieurs dizaines de gènes pourraient être impliqués dans la forme du nez ou d’une oreille.

Une étude récente, dirigée par un chercheur de l’Institut de cardiologie de Montréal, a montré que pas moins de 83 variations génétiques influencent la taille humaine.

Encore sur la planche à dessin

Pour l’instant, les portraits tracés à partir d’échantillons d’ADN sont encore approximatifs. Ils n’ont été utilisés que dans quelques enquêtes, surtout aux États-Unis, car la technologie n’est pas encore assez perfectionnée pour être déployée à large échelle. Mark Shriver croit que, d’ici quelques années, ils deviendront beaucoup plus ressemblants.

Ces portraits-robots génétiques ne seront jamais parfaitement fidèles. Ils ne pourront pas servir à inculper un suspect. Ils pourront, en revanche, mettre les enquêteurs sur une piste.

Au service de police de Sudbury, on rapporte avoir reçu plus de 150 appels depuis la publication du portrait-robot génétique du meurtrier de Renee Sweeney. Jusqu’à maintenant, aucune information n’a mené à une arrestation.

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