La mye, un mollusque comestible, avait presque disparu des plages de la Côte-Nord, entraînant la fermeture d'usines de transformation. Grâce à la surveillance de la ressource, le mollusque fait maintenant un retour et relance les activités de transformation.

Un texte de Maude Montembeault de La semaine verte

La mye, qu'on appelle aussi coque ou « clam », est un mollusque bivalve qui vit dans le sable, dont la taille peut atteindre 110 mm. La présence de trous dans le sol est souvent un indice qu'elle s'y trouve. Sa répartition s'étend des côtes du Labrador à celles du cap Hatteras, en Caroline du Nord.

Au Québec, on la retrouve le long du littoral de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent dans les secteurs de la Côte-Nord, du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.

La mye se nourrit de plancton et de particules en suspension. Un seul mollusque peut filtrer jusqu'à 54 litres d'eau par jour. Il est aussi la proie d'autres espèces : étoiles de mer, crabes, oiseaux, poissons, etc.

Cueillir la mye

La mye est cueillie lors des marées basses, sur une période de 4 à 6 heures. Les cueilleurs utilisent des outils manuels, tels que brocs et pelles. Il s'agit d'un travail extrêmement difficile physiquement.

La cueillette récréative est une tradition de longue date, mais est peu documentée. Quant à la cueillette commerciale, elle remonte à 1917.

Une exploitation plus importante a débuté durant la Seconde Guerre mondiale, où les pêcheurs l'utilisaient comme appât pour la morue. Au Québec, la pêche commerciale se pratique uniquement sur la Côte-Nord. Une pêche qui a pris une réelle expansion dans les années 70 et connu un sommet en 2000.

Effondrement des stocks

Après le sommet de 2000, l'état des stocks, évalué en fonction des quantités amassées par les cueilleurs, s'est mis à diminuer. La chute est devenue encore plus préoccupante à partir de 2004, entraînant, en 2010, la fermeture des deux usines de transformation de la Côte-Nord. Les débarquements de mye, qui atteignaient 1173 tonnes en 2000, ont baissé à 176 tonnes en 2008 et à seulement 56 tonnes en 2010. Les prix se sont effondrés, passant de 2,25 $/kg en 2002 à 1,50 $/kg en 2010.

Pêches et Océans Canada estime qu'une surexploitation de la ressource peut avoir mené à cet effondrement des stocks.

 La mye contaminée

Comme la mye a un immense potentiel d'accumulation de polluants, elle permet une analyse très précise de la qualité l'eau. Des municipalités de la Côte-Nord déversent leurs eaux usées dans le fleuve. Des débordements du système de traitement des eaux usées surviennent notamment dans la communauté innue. Certains secteurs de pêche nord-côtiers ont dû être fermés par les autorités en raison de la contamination de l'eau. Une situation qui s'est résorbée au cours des dernières années, mais elle est toujours sous haute surveillance.

Reprise de l'activité commerciale

En 2013, l'entreprise Coquillages Nordiques, fermée en 2010, a été rachetée par un Américain friand de myes. La relance s'est alors amorcée à petite échelle pour croître fortement cette année. La totalité des myes transformées sous forme de chair congelée est exportée en Nouvelle-Angleterre.

Avant l'effondrement des stocks, il n'existait aucune limite de capture. Mais aujourd'hui, afin de conserver le potentiel reproducteur des gisements, Pêches et Océans a statué qu'il valait mieux ne pas prélever plus de 10 % de la masse totale de myes sur la Côte-Nord. La taille minimale de capture est de 51 mm. Normalement, il faut au mollusque de 5 à 8 ans pour atteindre cette taille.

Le défi des quotas

Avec une limite établie à 10 % de la biomasse, l'industrie craint cependant pour sa rentabilité et sa pérennité. Mills Aquaculture réclame une limite de capture à 20 % de la biomasse commerciale et demande que des études scientifiques soient menées.

Pêches et Océans Canada n'a pas effectué d'évaluation depuis 2011 alors qu'il devrait y en avoir tous les 3 ans. L'entreprise déplore que les quotas soient fixés en fonction d'évaluations qui ne sont pas à jour.

Les scientifiques répondent que l'industrie est toujours gourmande, mais que la priorité est la conservation de la ressource et l'exploitation durable. On souhaite à tout prix éviter un autre effondrement des stocks.

Le recrutement de travailleurs

À l'image du secteur des pêcheries et de l'agriculture, la relève est difficile à assurer. Les jeunes pêcheurs sont moins nombreux qu'autrefois. L'usine de transformation peine aussi à recruter tous les travailleurs dont elle a besoin pour sa production. Un secteur qui procure pourtant des emplois stables, autrement difficiles à dénicher dans une région mono-industrielle durement affectée par le déclin de l'industrie forestière.

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