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Le sel peut-il vraiment causer des pannes d'électricité ?

Lorsque ses clients sont privés de courant, comme ce fut le cas au début du mois de janvier, la compagnie d'électricité Nova Scotia Power met parfois au banc des accusés un coupable familier : le sel. Scientifiquement, cette explication invoquée par le producteur d'électricité de la Nouvelle-Écosse et par certains de ses homologues sur les côtes du continent tient-elle la route ?

CBC a interviewé à ce sujet Mohamed El-Hawary, professeur de génie électrique à l’Université Dalhousie, à Halifax.

Contamination par le sel

Sur son site Internet, la Nova Scotia Power explique que la contamination par le sel se produit de la façon suivante :

  • le vent hivernal transporte le sel sur les équipements;
  • des températures à la hausse augmentent l’humidité de l’air;
  • l’air humide cause un arc électrique, qui se produit sous la forme d’étincelles, de brefs éclats de lumière, de craquements ou de bourdonnements qui émanent d’un transformateur ou d’une ligne électrique;
  • les arcs électriques causent une panne de courant.

Mohamed El-Hawary explique que si l’on observe une ligne électrique, on remarquera près de la tour de transmission des isolateurs, qui ressemblent à des assiettes posées à l’envers. Ceux-ci sont souvent en céramique. De plus en plus, ils sont faits de matériaux composites.

La tâche de ces isolateurs est de retenir l’électricité. Leur efficacité diminue lorsque le sel ou tout autre contaminant présent dans l'air s’y installe.

« Notre plus grand ennemi est le sel sur les routes à proximité des pylônes », remarque M. El-Hawary.

Utiliser du sable plutôt que du sel pour déglacer les routes en hiver pourrait aider à diminuer quelque peu la contamination de l’équipement électrique, mais pour les régions côtières, cette mesure n’aurait qu’un effet très limité. Dans les endroits comme la Nouvelle-Écosse, l’air est salé à cause de l’océan.

Le sel de mer peut affecter les lignes électriques jusqu’à 15 kilomètres des côtes, indique M. El-Hawary.

Ce problème n’existerait pas si tous les fils étaient enfouis, mais cette solution serait extrêmement coûteuse.

« La nature travaille avec nous, remarque M. El-Hawary, car aussitôt qu’il y a des contaminants, la pluie et le vent vont aider à les nettoyer ».

Les pannes d’électricité de longue durée se produisent lorsque la nature ne nous aide plus. Quand les conditions météorologiques sont défavorables, l’équipement demeure contaminé.

La glace peut aussi s’accumuler sur les lignes conductrices et causer le même phénomène que la contamination par le sel.

Un défi qui n’est pas unique à la Nouvelle-Écosse

Nova Scotia Power indique que la contamination par le sel peut affecter les transformateurs, les isolateurs, les câbles et les parafoudres. La compagnie possède 1,5 million d’isolateurs, 500 000 poteaux électriques et 31 800 kilomètres de lignes électriques. Empêcher le sel de s’accumuler sur toutes ces pièces d’équipement est un défi considérable.

S’il ne pleut pas suffisamment, la Floride vaporise à l’occasion de l'eau sur son équipement électrique, afin de nettoyer le sel venant de l’océan Atlantique. Mais dans l’est du Canada, le liquide vaporisé en hiver se transformerait en glace, causant le problème même qu’il serait censé régler.

Tiffany Chase, porte-parole à la Nova Scotia Power, explique que la compagnie a essayé divers matériaux pour ses isolateurs, mais que le sel s’accumule tant sur ceux en porcelaine que sur ceux faits de polymères.

Elle reconnaît que la compagnie n’a toujours pas identifié de solution pratique et abordable pour enrayer le phénomène. Cette difficulté semble partagée par plusieurs autres compagnies d’électricité.

Dans l’immédiat, l’objectif du fournisseur d’électricité de la Nouvelle-Écosse est de réagir rapidement dès que le sel pose problème à un endroit. « Nous voulons rassurer nos clients et leur dire que nous faisons tout pour minimiser les interruptions de service », dit Mme Chase. « La contamination par le sel est un phénomène isolé qui a tendance à se produire en hiver dans des conditions météorologiques particulières. »

Avec les informations de Richard Woodbury, CBC