Jeudi prochain, 1er décembre, on soulignera la Journée mondiale du sida, comme on le fait chaque année depuis le 1er décembre 1988.

Mais les chances qu’on en parle beaucoup chez nous, comme dans la plupart des pays riches, sont assez minces, tant le sida est aujourd’hui une maladie oubliée (ou presque). En tout cas, une maladie qui ne fait plus vraiment peur, maintenant qu’on a des médicaments pour la rendre inoffensive (ou presque). Une maladie d’une autre époque aussi, que certains jeunes homosexuels qualifient même aujourd’hui de « maladie de mononcle ».

Le sida, dont la première mention dans un journal scientifique et médical date de 35 ans (c’était le 4 juin 1981), a semé la terreur pendant les décennies 1980 et 1990.

C’était une maladie inconnue, causée par un agent infectieux lui aussi inconnu (dont on apprendra vite qu’il s’agissait d’un nouveau virus, le VIH, le virus de l’immunodéficience humaine). Une maladie qui fauchait des vies sans pitié - elle a tué plus d’Américains que la guerre du Vietnam.

Une maladie qui tuait dans des conditions particulièrement pénibles. Qui frappait des jeunes. Et contre laquelle la médecine était impuissante - tous les 6 à 12 mois, on annonçait la découverte d’un nouveau médicament qui suscitait d’énormes espoirs, mais des espoirs toujours déçus au bout de quelques mois.

C’était les années noires du sida. Qui commencèrent à prendre fin en 1996, quand on annonça un traitement extraordinaire, la trithérapie. Pour la toute première fois, des patients étaient sauvés, pouvaient même reprendre une vie normale. Bien sûr, ils ne guérissaient pas de leur infection, mais celle-ci était transformée en une maladie chronique sans symptômes (ou presque).

Ce qui ne veut pas dire que la crise sanitaire mondiale du sida était terminée… ni d’ailleurs qu’elle le soit aujourd’hui. Les derniers chiffres mondiaux d’ONUSIDA le montrent bien : 37 millions de personnes vivent avec le VIH.

Plus de 2 millions de personnes ont contracté le virus au cours de la dernière année, et plus d’un million en sont mortes.

Heureusement, on a fait des progrès certains. En 2005, année record, le sida avait tué plus de 2,3 millions de personnes (plus de deux fois le chiffre d’aujourd’hui). Le nombre de nouvelles infections chez les enfants continue de diminuer.

Le traitement continue d’augmenter l’espérance de vie des patients - près de 6 millions d’entre eux ont plus de 50 ans. Et, grande réussite, plus de 18 millions de personnes atteintes par le VIH ont accès aux traitements. Elles étaient quelques dizaines de milliers il y a 15 ans.

Encore une fois, la crise sanitaire mondiale du sida est loin d’être terminée. Armand Frappier, le pionnier de la lutte contre la tuberculose au Québec dans les années 1930 et 1940, disait du combat contre les maladies infectieuses que c’est « un combat qui n’en finit plus ».

Évidemment, on parvient à marquer des points contre ces maladies. On a éradiqué la variole et l’on est sur le point de le faire avec la poliomyélite.

Les antibiotiques nous protègent contre des maladies bactériennes dont on mourait il n’y a pas si longtemps. Mais on a aussi essuyé bien des revers. Les bactéries ont appris à devenir résistantes aux antibiotiques, parfois même à tous les antibiotiques. Depuis l’apparition du sida, plusieurs autres maladies infectieuses ont « émergé », par exemple le SRAS.

On gagne et on a gagné beaucoup de batailles contre les maladies infectieuses, c’est vrai. Mais on ne gagnera jamais la guerre contre les microbes. Parce que, tout au long de deux ou trois milliards d’années d’évolution, ils se sont donné un arsenal d’adaptation et de résistance à toute épreuve - y compris à l’épreuve des humains.