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Le sport, bientôt une thérapie contre le cancer?

Alfred Roberts joue au hockey au moins deux fois par semaine malgré un cancer de la prostate avancé. Pour l'homme de 71 ans, le sport constitue un moyen de faire le vide et de garder la forme. Et si l'activité physique faisait plus que de le garder en forme et avait des vertus thérapeutiques contre le cancer, au même titre qu'un médicament?

Un texte de Vincent Maisonneuve

Le médecin du Centre hospitalier de l'Universté de Montréal (CHUM) qui suit le dossier de M. Roberts en est convaincu. Le Dr Fred Saad travaille d’ailleurs avec des collègues du monde entier pour le prouver.

Alfred Roberts a appris qu’il était atteint d’un cancer de la prostate il y a un peu plus de trois ans. « Ça a été rough à prendre. Quand tu rentres dans le bureau du médecin et qu’il te dit : "C’est agressif, mon homme, ce n’est pas opérable"... J’ai donc dû m’habituer à vivre avec ça », dit-il.

La tumeur de M. Roberts s’est propagée, des métastases sont apparues. Le Dr Saad explique qu’à ce stade, les hommes arrêtent de répondre aux traitements habituels, comme l’hormonothérapie.

Selon l’urologue-oncologue, « M. Roberts se retrouve dans un état qui est malheureusement la réalité des 4000 hommes qui meurent d’un cancer de la prostate chaque année. Il n’y a pas si longtemps, ajoute le médecin, on n’avait pratiquement rien à offrir à ces hommes-là. On les regardait aller. »

« Le médecin te dit ça, alors tu te demandes : ça va finir comment? Ça va durer combien de temps? » dit Alfred Roberts.

Si le choc provoqué par le diagnostic est terrible, M. Roberts refuse de baisser les bras. Et son médecin aussi.

La plupart des gens pensent que si on est en forme, on va se sentir mieux. On veut prouver, à l’intérieur d’une étude clinique, que l’exercice peut devenir un traitement, au même titre qu’un médicament.

Le Dr Fred Saad

L’étude à laquelle contribue le Dr Saad est mondiale et vise à mesurer à quel point il est possible de prolonger la vie de patients atteints de cancer de la prostate quand on ajoute un programme d’exercices précis et bien structuré. Mais évidemment, le hockey ne convient pas à tout le monde. Une équipe australienne élabore donc actuellement un programme d’exercices, et des patients d’un peu partout, dont de Montréal, seront bientôt recrutés pour en faire l’essai.

« C’est un effort global, avec beaucoup d’argent d’investi. On est convaincu que l’exercice peut devenir un traitement, en plus des traitements plus conventionnels », précise le médecin.

Un jeudi sur trois, M. Roberts rencontre le Dr Saad pour surveiller l’évolution de la maladie.

Les résultats sont bons! Qu’est-ce que tu veux qu’on demande de plus? Les traitements que j’ai, ce n’est même pas de la radio, ce n’est même pas de la chimio, c’est seulement un médicament, et les résultats sont là. C’est sûr que l’on voudrait que ça guérisse, mais le cancer est là, et on va vivre avec. Sauf qu’on va vivre longtemps avec.

Alfred Roberts

Et chaque lundi et jeudi (parfois même le mercredi), Alfred Roberts enfile son équipement et saute sur la glace de la patinoire de Deux-Montagnes.

« Quand je mets une paire de patins, je ne pense plus à rien. Tu t’amuses. Tu as du plaisir. Il faut faire le vide, foncer et oublier tous tes tracas », explique-t-il.

Je me dis que quand [la mort] arrivera, [elle] arrivera. Mais le plus loin possible. Je crois que je suis en train de prouver qu’on est capable de vivre et de se battre.

Alfred Roberts

M. Roberts n’a pas l’intention d’arrêter de jouer au hockey.

« Je vais jouer au hockey aussi longtemps que je vais être capable de me pencher pour attacher mes patins. Aussi longtemps que je vais être capable de faire ça, je vais jouer », conclut-il.

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