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Le temps qui passe pèse davantage sur la santé des femmes

La très grande majorité des Canadiens de 45 ans et plus se disent en bonne santé physique et mentale, mais le constat est un peu moins bon pour les femmes que les hommes, bien qu'elles vivent plus longtemps. C'est qu'en vieillissant, explique l'Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement, elles connaissent plus de problèmes de santé et d'isolement social, font moins d'activités physiques et passent une retraite plus difficile économiquement.

Cette étude, lancée en 2001, suit 50 0000 Canadiens qui avaient entre 45 ans et 85 ans lors de leur recrutement, dans le but de voir les tendances du vieillissement qui se dessinent au pays et d’adapter les politiques publiques en conséquence.

Ses premières conclusions ont été rendues publiques mardi.

Ainsi, 90 % des participants affirment avoir une santé physique, bonne, très bonne ou excellente, alors que 95 % sont satisfaits de leur santé mentale.

Pour ce qui est du bien-être psychologique, plus de femmes que d’hommes rapportent des symptômes dépressifs et de la détresse.

Ce sont les plus jeunes participants à l’étude, soit ceux de 45 à 54 ans, qui ont signalé les plus grandes préoccupations en matière de santé mentale.

Par ailleurs, l’étude voit une corrélation entre le développement de maladies chroniques ou de symptômes dépressifs et la solitude, dont les femmes se plaignent le plus.

Même mariées, les femmes se plaignent plus de la solitude que les hommes mariés, indique le rapport. Mais dans le groupe le plus âgé des 75-85 ans, 44,8% sont veuves (contre 15,7% de veufs).

« Les femmes vivent plus souvent seules, notamment parce que leur espérance de vie est plus élevée », explique le chercheur Benoît Cossette, de l’Université de Sherbrooke.

« On constate que les femmes ont une participation moindre à la vie quotidienne et aux activités sociales et récréatives. Peut-être que leurs plus grandes incapacités physiques et psychologiques limitent cette participation », poursuit le professeur adjoint au département des sciences de la santé communautaire de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke.

L'étude se demande si l'utilisation plus importante que font les femmes du système de santé est dû au fait qu'elle vivent plus longtemps que les hommes, ou plutôt parce qu'elles vivent seules plusieurs années de plus.

Le rapport souligne qu'il y a deux fois plus de femmes âgées de 85 ans et plus au Canada que d'hommes.

Une société « super âgée »

Les chercheurs prévoient qu’en 2030, la société deviendra « super âgée », comme au Japon, où plus de 20 % de la population a 65 ans et plus.

Cette prévision n’est pas nécessairement négative, disent-ils, puisque les aînés vivent en santé plus longtemps et qu’ils sont une source « de sagesse et d’expérience ».

Les chercheurs pensent toutefois qu’il sera nécessaire de mettre des programmes en place pour combattre l’âgisme, que Benoît Cossette qualifie « d’attitude négative devant les personnes âgées ».

« On devra s’assurer que la société de demain sera une société inclusive pour les aînés », dit-il.

Selon lui, l’isolement social qu’ils vivent devra aussi faire l’objet d’une réflexion. « On pourrait même s’inspirer des populations autochtones, où les personnes âgées sont très importantes pour faire du mentorat auprès des plus jeunes. Il y a un rôle à offrir et un rôle à prendre », dit-il.

Méthodologie

Quelque 51 338 femmes et hommes de 45 à 85 ans ont participé à cette étude. Leur recrutement, commencé en 2001, s'est terminé en 2015.

Ceux-ci ont dû fournir des renseignements sur leur mode de vie et sur les caractéristiques de leur vie sociale, de leur santé physique et psychologique, de leur statut économique et sur leur utilisation des services de santé.

Un peu plus de 20 000 ont répondu au questionnaire par téléphone, alors que les autres l'ont fait lors d'une entrevue personnalisée. Ces derniers ont également fourni des échantillons de sang et d'urine et particpé à des tests physiques en clinique.

Ils avaient à participer à cette collecte de données tous les trois ans. Ils seront suivis pendant au moins 20 ans.

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