Des scientifiques s'intéressent de plus en plus au fonctionnement des réseaux informatiques permettant à des organisations terroristes de fonctionner et de commettre des attentats. D'autres se penchent plutôt sur les répercussions de tels actes terroristes.

Un texte de Richard Massicotte de l'émission Les années lumière

C'est une coïncidence, qui n'en est pas une. Dans une recherche publiée cette semaine dans le magazine Science, une équipe de chercheurs de Floride s'est demandé comment fonctionnent les réseaux informatiques qui relient entre eux les sympathisants du groupe armé État islamique (EI), des réseaux auxquels s'alimentent des auteurs potentiels d'attentat.

Même si elle ne répond pas encore à toutes les questions, cette recherche permet de comprendre un peu mieux le fonctionnement de ce qu'on appelle les « loups solitaires », ce qui pourrait être le cas du tueur d'Orlando.

Un concept à repenser

Pour l'un des coauteurs de cette recherche, Nicolás Velásquez, politologue et doctorant au Département des études internationales de l'Université de Miami, le concept de « loup solitaire » est à revoir, notamment à cause des liens, même virtuels, qui existent entre ces personnes, possibles responsables de tueries de masse, et les réseaux sociaux.

La recherche permet de voir, à l'aide de données publiques - il ne s'agit pas ici de renseignement - que 196 communautés virtuelles réunissent plus de 100 000 internautes, reliés de près ou de loin au groupe armé État islamique (EI).

Selon cette équipe de chercheurs de Miami, qui a travaillé sur des bases politiques, mais aussi mathématiques, s'il n'est pas possible d'éliminer ces groupes de discussion et d'échange d'informations sur Internet - tant qu'existe l'EI - il pourrait par contre être envisageable de cibler de plus petits groupes, ceux qui comptent environ 200 membres, et qui sont plus vulnérables.

L'impact des tragédies

Si les scientifiques s'intéressent de plus en plus au fonctionnement des réseaux informatiques permettant à des groupes comme l'EI de fonctionner et éventuellement de commettre des attentats, d'autres s'intéressent aussi davantage aux répercussions de tels actes terroristes.

Car ces tueries, si elles font de nombreux morts et des dizaines de blessés, physiques et psychologiques, ont aussi un impact dans la population en général. À la fois celle qui vit près des lieux où surviennent ces drames, mais aussi celle plus éloignée, qui ne soupçonne pas à première vue vivre l'impact de ces tueries.

Le projet 13 novembre

Depuis notamment le 11 septembre 2001, on commence à se pencher plus sérieusement sur l'impact de ces tueries. C'est ainsi qu'est né en France le projet 13 novembre, en référence aux attentats du Bataclan et autres, survenus le même jour, l'an dernier à Paris. Projet initié avant le 13 novembre 2015, mais qui a pris ce nom au passage, il s'agit une étude longitudinale, au cours de laquelle 1000 personnes vont être interrogées pendant 10 ans.

Des proches et des moins proches des événements seront interrogés, et dans certains cas subiront des examens à l'aide d'IRM, pour comprendre aussi ce qu'ils et elles vivent sur le plan cérébral, par rapport à ces tragédies.

L'historien Denis Peschanski - qui a entre autres travaillé avec le neuropsychiatre Boris Cyrulnik à l'ouvrage Mémoire et traumatisme - est chercheur au CNRS et attaché à un laboratoire de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il est codirecteur de ce projet, en compagnie du neuropsychologue Francis Eustache.

Il s'agit bien sûr d'une longue étude, mais les chercheurs pourront publier des résultats préliminaires tout au long de l'enquête, notamment sur le plan du vocabulaire et aussi sur l'impact biomédical de tels événements.

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