Voilà un petit arbuste très demandé. Connu depuis longtemps des peuples autochtones pour ses vertus médicinales, le thé du Labrador est un ingrédient convoité, mais aussi menacé si la ressource n'est pas bien gérée.

La feuille de thé du Labrador est surtout utilisée en infusion. Cette plante est aussi employée en aromathérapie et, plus récemment, comme ingrédient dans les produits de beauté.

Émilien Gaudreault est un ancien cueilleur de bleuets sauvages du Lac-Saint-Jean. Il s’intéresse maintenant au thé du Labrador. Il dirige une équipe d’une vingtaine de cueilleurs sur un territoire de plus de 60 km carrés sur des terres publiques, à plus de 200 km au nord d’Alma.

Moi, je viens toujours dans le mois de juin pour visiter tout ça parce que, plus ça va, plus la demande est forte dans la cueillette.

Émilien Gaudreault, cueilleur

La période de cueillette dure environ six semaines, du début juillet jusqu’à la mi-août. Les journées sont longues. Les mouches noires et les maringouins accompagnent les cueilleurs. Émilien Gaudreault est venu au printemps pour identifier les lieux de récolte et ainsi mieux diriger les cueilleurs. Il est aussi responsable de la qualité des récoltes.

Les cueilleurs utilisent des serpes. Au début de la saison, ils ont tous reçu des instructions sur la bonne façon de récolter le thé. L'objectif est d’assurer une constance dans les approvisionnements, tout en protégeant la ressource.

Paolo Patry est aussi un ancien cueilleur de bleuets. Il s’est converti à la cueillette du thé il y a cinq ans. Depuis l’an dernier, il utilise un drôle d’engin pour récolter. Il s’agit d’une récolteuse de feuilles de thé à essence utilisée en Chine. C’est Émilien qui en a fait la découverte. Il croit que l’utilisation de ce type de récolteuse serait moins dommageable pour la plante parce qu'on ne récolte ainsi que les premières feuilles.

Forte pression sur le thé

Biologiste et auteur de deux livres sur les plantes de la forêt boréale, Fabien Girard s’inquiète de la pression mise sur la ressource et surtout du manque de connaissance de certains cueilleurs. Selon lui, l’accessibilité du thé du Labrador près des villes et des villages ainsi que le manque de coordination de la part des exploitants en met en danger la pérennité dans de nombreux secteurs.

On voit des cueilleurs un peu partout sur le bord du chemin aussitôt qu’il y a du thé du Labrador. On sait qu’aux alentours des municipalités ça ne peut pas supporter une cueillette intensive.

Fabien Girard, biologiste

Le thé transformé

Depuis 25 ans, Lucie Mainguy dirige l’entreprise Aliksir qui est spécialisée dans la production d’huiles essentielles à partir de plantes aromatiques du Québec. Cette année, elle transformera 300 000 livres de thé du Labrador que l’équipe du Lac-Saint-Jean aura récoltées. C'est le double de l’an dernier.

C’est très, très peu dans la vue d’ensemble. Par rapport au territoire québécois, c’est une mini fraction. Il a beaucoup plus que ça comme potentiel d’exploitation.

Lucie Mainguy, entreprise Aliksir

Consciente de l’importance d’établir une approche de cueillette durable, elle a fait faire une étude en 2014. Son but : mieux connaître l’abondance de la ressource et sensibiliser le gouvernement québécois à une meilleure gestion.

« L’objectif est d’en faire une exploitation durable, sachant que tôt ou tard, la demande peut grimper davantage », explique Mme Mainguy. « Le Québec peut répondre à la demande mondiale en thé du Labrador, mais il y a une nécessité d’organiser la récolte d’une façon intelligente. »

Le thé du Labrador est un bel exemple du potentiel de développement des produits forestiers non ligneux. Le ministère des Ressources naturelles du Québec voit l’importance de la mise en valeur de ces nouveaux produits ainsi que la possibilité de création de nombreux nouveaux emplois.

Le thé rapporte plus que l’épinette. L’épinette va être cueillie une fois en 40 ans, mais le thé va être cueilli chaque année, au moins si on prend le temps de bien contrôler la cueillette.

Lucie Mainguy, entreprise Aliksir

Il semble que le thé du Labrador soit destiné à une longue carrière internationale. En effet, si les Amérindiens s’en servaient pour ses propriétés curatives, des scientifiques s’intéressent maintenant à ses teneurs élevées en antioxydants et en tannins. Des chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi viennent d’ajouter des fonctions antitumorales à la liste de ses vertus.