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Le travail de nuit perturbe les horloges biologiques « secondaires »

Le fait de travailler la nuit ou sur des horaires de travail décalés perturbe les horloges biologiques « secondaires » de l'organisme à tel point que la communication entre le cerveau et certains organes finit par s'embrouiller complètement, affirment des chercheurs américains.

Un texte d'Alain Labelle

Le corps possède une horloge centrale, dite interne ou biologique, qui règle les mécanismes biochimiques et physiologiques qui rythment son activité. Ce rythme veille-sommeil, dit circadien, est d'environ 24 heures.

Depuis toujours, les scientifiques pensaient que les perturbations métaboliques observées chez les travailleurs de quarts étaient principalement dues à cette horloge située dans le cerveau qui maintient le corps sur un cycle jour/nuit en utilisant des signaux lumineux pour synchroniser les rythmes des organes et des tissus du corps.

Or, le corps possède aussi plusieurs autres horloges secondaires associées à différents organes. Le psychologue Hans Van Dongen, spécialiste du sommeil, et ses collègues de l’Université de Washington ont montré que les horaires décalés perturbaient particulièrement ces organes et leurs contacts avec l’horloge centrale située au cerveau.

Les travaux

Des échantillons de sang de volontaires en bonne santé qui terminaient des horaires de jour ou de soir ont été prélevés.

Les chercheurs ont analysé ces échantillons à la recherche de métabolites, les produits de réactions chimiques impliquées dans la digestion, comme la décomposition et l'oxydation des molécules alimentaires, ainsi que dans d'autres processus métaboliques dans les cellules et les organes.

Ils ont constaté qu'à la suite des quarts de nuit, les rythmes de 24 heures dans les métabolites liés au système digestif ont changé de 12 heures, même si l'horloge biologique principale dans le cerveau des participants n'avait bougé que d'environ 2 heures.

Trois quarts de nuit d'affilée ont eu peu d'impact sur l'horloge centrale le cerveau, ont constaté les chercheurs, mais cet horaire a cependant fortement bousculé la fonction intestinale, dont le cycle naturel s’étend sur 12 heures.

L'étude révèle ainsi que les horloges biologiques secondaires (appelées oscillateurs périphériques) dans le foie, l'intestin et le pancréas réagissent indépendamment de l’horloge principale.

Cette observation met donc en évidence l'impact des quarts de travail décalés sur les différentes horloges qui régissent les rythmes naturels des organes, et par le fait même de tout le corps humain.

La prochaine étape sera de déterminer si les rythmes métaboliques décalés sont déterminés par les horaires de sommeil et d'éveil modifiés des travailleurs, le moment de leur consommation d'aliments ou les deux.

Lorsque cette information sera connue, les scientifiques pourront tenter d'identifier les processus cellulaires ou hormonaux impliqués, ce qui pourra mener au développement de nouveaux traitements pour resynchroniser le cerveau et les horloges secondaires des travailleurs afin de prévenir les conséquences négatives à long terme sur la santé.

Il faut savoir que le travail de nuit a déjà été associé à un risque plus grand pour une personne de devenir obèse, de développer un diabète ou d'autres troubles métaboliques ou une maladie cardiaque, ou d'avoir un cancer (sein, prostate, peau).

Le détail de ces travaux est publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (en anglais).