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Les amines : le composé chimique qui cause des soucis à l’usine Boundary Dam

SaskPower reconnaît que la dégradation de sa solution chimique d'amines survient plus souvent que prévu. Comme la technologie de captage et de stockage de l'usine Boundary Dam, au sud de la Saskatchewan, exige que cette solution soit remplacée pour bien fonctionner, la société d'État a dû augmenter son budget associé à l'entretien des amines.

Un texte d'Audrey Paris

De janvier 2015 à décembre 2015, le budget de SaskPower entourant l’entretien des amines est passé de 5 à 17,3 millions de dollars. L’année suivante, ce même segment de budget a été réévalué, passant de 12 à 14,6 millions de dollars.

« À la base, on savait que c'est quelque chose qu'il fallait adresser », explique Jonathan Tremblay, un porte-parole de la société d’État. Mais, on ne s'attendait vraiment pas à ce que la rapidité à laquelle elle se dégrade soit aussi haute ». Il ajoute que la solution chimique doit s'ajuster à divers éléments, notamment au charbon de la province qui est reconnu pour contenir beaucoup de soufre.

Jonathan Tremblay décrit l’enjeu entourant la dégradation des amines en donnant l’huile à moteur comme exemple. « Il faut faire un changement d'huile une fois de temps en temps parce qu'à chaque fois que l'huile passe à travers la voiture, elle est un peu moins efficace », précise-t-il. Selon lui, la solution d’amines de l’usine Boundary Dam fonctionne relativement bien. Toutefois, SaskPower doit s’assurer de la rendre plus efficace, d’après le porte-parole de la société.

Une solution chimique primordiale pour l’usine

Un professeur de chimie industrielle à l’Université de Regina rappelle que l’usine de Boundary Dam est une usine très récente. Amr Henni soutient que l’enjeu de la dégradation des amines en Saskatchewan est un enjeu important. Il croit que ce n’est pas seulement à SaskPower de trouver la solution au problème. L’entreprise qui fournit les amines à la société d’État doit elle aussi améliorer son produit, selon Amr Henni.

L'amine c'est le coeur de l'usine; la différence entre une technologie et une autre, c'est les caractéristiques des amines, les amines sont très importantes.

Amr Henni, professeur à l’Université de Regina

SaskPower précise que le fournisseur de la solution d’amines est une division de l’entreprise Shell nommée Cansolv. Jonathan Tremblay indique que l’entente avec cette entreprise existe depuis plusieurs années. D’après lui, Shell continue d’accompagner SaskPower dans son processus d’amélioration de la solution chimique. Même si la solution d'amines convient à SaskPower, selon Jonathan Tremblay, il soutient que la société n'est pas obligée d'utiliser la solution de Shell.

Or, la dégradation de cette solution est un processus qui coûte cher, comme l'indique Amr Henni. « Ce que SaskPower est en train de payer, c'est l'appoint. C’est le fait de remplacer les amines, et ça, ça coûte cher », a précisé le professeur de Regina. Il croit toutefois que c’est un obstacle qui vaut la peine d’être surmonté. « Pour tout le monde, c'est très important. Les recherches sur les amines peuvent être associées à d'autres entreprises, à d'autres pays, il y a énormément d'intérêt », estime-t-il.

Amr Henni soutient que les entreprises qui produisent les solutions d’amines doivent faire des tests sur un plus petit format d’usine avant de les utiliser pour des projets de grande envergure comme Boundary Dam. Il espère que Shell a fait toutes les analyses nécessaires avant de vendre le produit. « Tout le monde sait que c'est dans l'intérêt de Shell de réussir. Je crois que Shell, s'ils s'y mettent, vont trouver une solution très rapidement », ajoute le professeur Henni.

De son côté, la compagnie Shell a indiqué par écrit qu'elle exécute des tests sur ses solutions d'amines dans un laboratoire de haute qualité. Ces tests leur permettent d'évaluer l'efficacité de leurs produits chimiques. Shell affirme que son équipe travaille de pair avec SaskPower afin de trouver une solution à la dégradation des amines. La compagnie estime avoir déjà observé des améliorations depuis quelques mois. Les résultats positifs qui découlent de ce travail seront utiles autant pour l'usine Boundary Dam que pour d'autres projets de SaskPower, ajoute Shell.

SaskPower souhaite effectuer un entretien majeur à Boundary Dam, cet été, afin de tenter de réduire la rapidité à laquelle la solution d'amines se dégrade.

L’usine de Boundary Dam : chef de file dans son domaine

Pour SaskPower, il est clair que l’usine de captage et de stockage du carbone Boundary Dam ouvre le bal dans le domaine. « Personne sur la planète n’a fait ça à cette échelle. Et à aussi grande échelle, il y a des trucs que nous, maintenant, on sait comment régler et personne d'autre sur la planète ne sait comment les régler », ajoute Jonathan Tremblay. Le porte-parole rappelle que SaskPower a construit le premier modèle de la technologie de captage et de stockage du carbone dans une usine de charbon de cette taille. « J’ai hâte de voir les autres projets », convient-il.

Un ingénieur qui travaille dans le milieu de la recherche au Massachusetts Institute of Technology (MIT) a indiqué que selon lui, la technologie de captage et de stockage est très importante mondialement. Howard Herzog a entendu parler de la situation entourant les amines en Saskatchewan. Il dit ne pas être surpris qu’une telle chose survienne. Puisque cette technologie est relativement nouvelle, le chercheur rappelle que les répercussions positives de Boundary Dam peuvent prendre du temps avant de vraiment être observées.

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