Des chercheurs français ont montré que, chez le rat, certaines longueurs d'onde émises par l'éclairage des ampoules DEL s'avèrent toxiques pour la rétine. Une réalité qui favoriserait la dégénérescence maculaire liée à l'âge. Qu'en est-il pour les humains?

Un texte d'Alain Labelle

La rétine peut être endommagée par la lumière du soleil, mais nous ne disposons pas de données crédibles sur les lésions que pourrait entraîner la lumière artificielle, comme celle émise par une diode électroluminescente (DEL).

C’est pour combler ce vide sur l'impact phototoxique des rayons émis par ces dispositifs que les chercheuses Alicia Torriglia et Francine Behar-Cohen, de l'Institut national français de la santé et de la recherche médicale, ont réalisé leur travail de recherche.

L'équipe a eu recours à des rats dont la pupille a été dilatée. Cela permet d'amplifier les conséquences potentielles de la lumière, puisque la contraction de la pupille est un mécanisme physiologique de protection de l'œil contre l'agression lumineuse.

Dans un premier temps, les chercheurs ont exposé des rats à une forte intensité lumineuse (6000 lux) durant 24 heures. Résultat : les rats présentaient une rétine altérée. L'analyse biologique montre dans tous les cas un état inflammatoire qui favorise la mort cellulaire (apoptose) des photorécepteurs impliqués dans la vision.

Dans un deuxième temps, des rongeurs ont été exposés à une intensité lumineuse similaire à celle utilisée dans les habitations (500 lux), également pendant 24 heures. Résultat : seules les DEL ont paru néfastes. Avec ces ampoules, la rétine des animaux montre des signes d'altération moindres, mais similaires à ceux observés sous forte exposition. Une réalité qui n’a pas été observée avec les autres types d'ampoules.

Mme Alicia Torriglia affirme que même des rats albinos, réputés pour être protégés de la dégénérescence photo-induite, présentent des signes de stress oxydant au niveau de leurs rétines avec un éclairage DEL lorsqu’ils sont exposés à long terme.

Les cellules rétiniennes meurent en endommageant leurs voisines.

La coupable : la lumière bleue

La phototoxicité des ampoules DEL est due à la lumière bleue. La lumière blanche, qu'elle soit naturelle ou artificielle, combine en réalité des rayons de différentes couleurs, chacune correspondant à une longueur d'onde spécifique.

Alicia Torriglia

Ainsi, chaque source de lumière (DEL, tubes à fluorescence ou ampoules fluocompactes) combine différentes couleurs dans des proportions variables. La potentielle toxicité de chacune d'entre elles sur la rétine dépend donc à la fois de l'intensité de la lumière et des longueurs d'onde qui la composent.

Les DEL créent de la lumière blanche en combinant des lumières bleue et jaune. Or, les rayons correspondant à la lumière bleue sont plus énergétiques que les autres. Ils sont aussi connus pour être plus nocifs pour des durées d'exposition et des intensités lumineuses équivalentes.

Les auteurs estiment que leurs travaux permettent d’établir que la lumière émise par les DEL engendre deux phénomènes toxiques parallèles : l'apoptose, mais également une seconde forme de mort cellulaire, la nécrose, qui endommage également les cellules voisines.

Selon eux, cela explique pourquoi la toxicité de la lumière bleue est plus élevée que celle des autres longueurs d'onde.

Et les humains?

Il est probable que ces observations faites chez le rongeur ne soient pas transposables telles quelles chez l'homme, mais ces observations interpellent les scientifiques.

Nos cellules possèdent des mécanismes de réparation qui permettent sans doute de corriger en partie les lésions induites par les DEL. Mais nous avons un capital lumière, comme notre peau possède un capital soleil. On peut se demander si nos ampoules domestiques ne favorisent pas son épuisement précoce, et ainsi l'évolution vers la dégénérescence maculaire liée à l'âge.

Alicia Torriglia

Les auteurs, dont les travaux sont publiés dans la revue Neuroscience, affirment que, par principe de précaution, cette connaissance appelle à la mise au point d’une prochaine génération d'ampoules domestiques, dans laquelle la proportion de lumière bleue serait moins importante.

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