Des études avancent que les travailleurs entourés de plantes vertes ressentiraient un plus grand bien-être et que leur productivité en serait accrue. Qui plus est, les plantes contribueraient à purifier l'air au bureau.

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian


J'ai voulu savoir ce qu'il en est vraiment parce que personnellement, tous les automnes, j'apporte quelques-unes de mes plantes qui ont passé l'été à l'extérieur, et je les dispose, ici et là, dans l'îlot qui comprend mon bureau et celui d'une collègue... qui fait de même.

Ce n'est pas sorcier : on est réputées pour être les filles « dans la jungle » de la grande salle à aires ouvertes! Certains trouvent que c'est beau, d'autres, que c'est trop!

Purifier l'air vicié

Je ne vous apprends rien en vous disant que l'air qu'on respire à l'intérieur des édifices est loin d'être pur. Il contient des polluants en concentration plus ou moins élevée. Ce sont surtout des composés organiques volatils (COV), comme le benzène, le formaldéhyde et le trichloréthylène qui émanent des tapis, des textiles, des colles et de la peinture, des appareils de cuisine ou de bureau, du chauffage, des produits ménagers. 

Le premier à avoir étudié l'effet des plantes vertes sur la pollution dans un endroit clos est le Dr Bill Wolverton, un chercheur environnemental qui a travaillé entre autres pour la NASA dans les années 70. Son expérience devait tenter de purifier l'air à l'intérieur du BioHome, une petite bâtisse contaminée par des niveaux élevés de COV, en y introduisant des plantes. Il semble que ça ait fonctionné, car après un certain temps, les analyses ont indiqué que la qualité de l'air s'était beaucoup améliorée.

J'ai consulté Frédéric Pitre, un botaniste du Jardin botanique de Montréal, pour savoir ce qu'il en est aujourd'hui, plusieurs décennies plus tard. D'entrée de jeu, il me dit que c'est un sujet controversé, car en laboratoire, les études sont concluantes, mais dans la vraie vie, la proportion du nombre de plantes par rapport à la superficie du lieu à purifier reste à déterminer.

Bien entendu, la fonction principale des plantes n'est pas de purifier l'air, mais certaines de leurs enzymes ont comme rôle secondaire de dégrader certains contaminants. Les bactéries, et parfois également des champignons microscopiques, présents sur les plantes ou dans le sol, ont aussi le rôle de modifier les molécules de certains polluants pour en réduire le niveau dans l'air. Mais, évidemment, pour atteindre un bon taux de filtration d'air, il en faut plusieurs.

Bien-être et productivité

Par contre, il semble qu'il ne faut pas autant de plantes vertes pour que l'humain se sente bien. J'ai demandé au Dr François Reeves, cardiologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et bien connu pour son grand intérêt pour la santé environnementale, son opinion sur ce sujet.

Il m'a assuré qu'il y a toujours eu une interaction positive entre la nature et le cerveau humain.

D'ailleurs, me disait-il, certains gouvernements croient qu'il est important d'ajouter des promenades au milieu d'arbres, comme mesure de santé publique. Les Japonais appellent ces rendez-vous avec la nature des bains de bois. L'exercice est simple : il suffit de marcher seul dans un boisé ou en forêt, de faire le vide dans sa tête et de laisser les arbres nous parler à leur façon.

Des chercheurs japonais croient que les paramètres biologiques humains sont améliorés quand on est en forêt, car les odeurs qu'on respire viennent de milliers de protéines arboricoles. Ils sont convaincus qu'il y a un genre de contact qui s'établit entre la végétation et le monde animal, échanges qu'on comprend encore mal.

Des mesures ont été faites auprès de centaines de volontaires et, effectivement,, les gens qui font des séances de respiration dans un milieu vert par rapport à ceux qui sont en ville, voient une amélioration de leurs systèmes immunitaire et cardiovasculaire. Même le cortisol, l'hormone de stress, accuse une baisse.

Ma jungle restera vivante

Donc, c'est décidé, je poursuis ma jungle autour de mon bureau pendant la saison froide. S'entourer de quelques plantes vertes ne peut pas faire de tort. 

S'il en manque pour purifier l'air de la grande salle où je loge, au moins, mon bureau sera beau et décoratif et je m'y sentirai bien. Qui sait, ma productivité en sera peut-être augmentée. Et en plus, ça isole, du bruit et des gens qui passent devant mon bureau.

Les plantes à conseiller

Pour éliminer les composés volatils, les plantes grasses semblent les plus prometteuses. Les Dracaenas deremensis, les Sansevieria, mieux connues sous le nom de langue de belle-mère, les broméliacées et les Ficus robusta en sont quelques variétés, mais plusieurs plantes pourraient faire l'affaire.

Merci à Frédéric Pitre, botaniste et chercheur, et au Dr François Reeves, cardiologue et passionné de la santé environnementale, pour leur collaboration.

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