Avec quelque 1000 morts accidentelles recensées en 2016, le Canada subit les ravages du fentanyl, un puissant opioïde. Certains spécialistes estiment même que le nombre de morts serait en fait deux fois plus important. Regard scientifique sur une crise décrite comme la pire jamais vue en Amérique du Nord.

Un texte de Danny Lemieux, de l’émission Découverte

L’effet euphorisant du fentanyl se compare à un sentiment de plénitude absolue. Un calme profond qui se dissipe très vite.

Mais, pris en surdose, le fentanyl produit des effets autrement plus dangereux. Rapidement, la personne s’endort. Le fentanyl se lie à plusieurs récepteurs distribués un peu partout dans le cerveau, notamment là où se trouve le quartier général de la respiration.

La personne peine à respirer; l’oxygène manque. Le taux de dioxyde de carbone augmente dans le sang : la personne s’intoxique.

Les parois thoraciques et abdominales se contractent : c’est la paralysie. Il devient impossible de tousser et de déglutir. Privé d’oxygène, le cerveau écope et le coeur aussi.

« La personne qui a pris du fentanyl peut voir sa respiration diminuer jusqu'à trois ou quatre respirations par minute », explique Pierre-André Dubé, pharmacien-toxicologue à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Cette respiration lente et agonisante peut se poursuivre pendant 30 à 40 minutes après la prise d'opioïdes. La respiration va diminuer les concentrations d'oxygène qui vont être distribuées au cerveau et au coeur, ce qui peut causer une mort cellulaire tant au cerveau qu’au niveau du coeur. Ce dernier va arrêter de battre et, éventuellement, on aura la mort cérébrale.

Pierre-André Dubé, pharmacien-toxicologue à l'INSPQ

Pris en charge par une équipe médicale, les plus chanceux seront réanimés. Mais lorsque le cerveau manque d’oxygène, des séquelles permanentes peuvent se produire.

« Puisque les récepteurs opioïdes se retrouvent un peu partout au niveau du cerveau, les séquelles peuvent être très variées. On peut avoir une atteinte au niveau de la mémoire à court terme, de la mémoire à long terme, mais aussi au niveau du cycle éveil-sommeil. On peut aussi avoir des séquelles qui sont aussi plus permanentes au niveau de la vision, au niveau de l'olfaction, par exemple. Donc, c'est assez varié, ça dépend des zones qui ont été touchées et qui ont manqué d'oxygène », dit Pierre-André Dubé.

Au Canada, les médecins prescrivent le fentanyl depuis les années 1990. Cet opiacé sert de substitut aux antidouleurs qui ne fonctionnent pas comme traitement pour la douleur chronique. Généralement prescrit sous forme de timbres, le fentanyl est parfois transformé avant d’être consommé ou vendu dans la rue.

Illégalement, on le trouve aussi sous forme de poudre et de comprimés contrefaits vendus 3 $ l’unité. La majorité des surdoses d’opioïdes découlent de produits trafiqués dans les laboratoires clandestins d'Asie.

En 2016, on a recensé dans les hôpitaux canadiens quelque 5000 intoxications par des opioïdes, dont le tiers résultaient d’un geste intentionnel.

En Colombie-Britannique, où se situe l’épicentre de la crise actuelle qui a conduit les autorités à déclarer l'état d'urgence sanitaire, policiers et ambulanciers se munissent maintenant d’un vaporisateur nasal contenant de la naloxone. Il s’agit de l’antidote aux opioïdes.

La naloxone n’élimine pas l’opiacé de l’organisme, mais elle annule temporairement ses effets. Donc, pour éviter une rechute, une deuxième dose de naloxone est nécessaire, sans quoi le patient pourrait de nouveau sombrer.

Le gouvernement fédéral pourrait emboîter le pas à la Colombie-Britannique et décréter l'état d'urgence sanitaire dans tout le pays.

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