Je suis une fille et j'aime les sciences. Et ça dure depuis longtemps. Mais pourquoi, au fil de mon cheminement scolaire, ai-je toujours fait partie de la minorité?

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian
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À l'époque, quand j'étais en cinquième secondaire à la polyvalente, on avait regroupé tous les jeunes ayant un profil scientifique dans une seule classe où on trouvait beaucoup moins de filles que de garçons.

Au cégep, en sciences pures, la parité n'y était toujours pas. Et au sortir de mon baccalauréat en physique à l'université, nous étions 6 filles pour près de 70 gars. Mais pourquoi? Pourtant, les sciences, c'est un vaste domaine qui est passionnant.

J'y ai réfléchi et, afin d'avoir un portrait plus général, j'ai posé la question à deux personnes qui ne sont pas de ma génération : Béatrice White, qui a presque l'âge de ma fille, et Nancy Rancourt, qui aurait pu être ma jeune sœur. Elles sont toutes deux ingénieures.

Après consultation, on en est venues à peu près au même constat. Quand elles sont jeunes, les filles subissent grandement l'influence des camarades et du milieu dans lequel elles grandissent.

Elles ne réalisent peut-être pas que les sciences peuvent les amener vers des carrières autres que celles vers lesquelles elles sont attirées naturellement : la santé et les sciences sociales. Elles perçoivent ces domaines comme axés sur les gens et croient qu'ils vont leur permettre une meilleure conciliation travail-famille. C'est vrai, mais ce ne sont pas les seuls qui permettent ça.

Il faut dire que les professions sortant un peu des sentiers battus sont moins concrètes. On sait ce que fait une infirmière ou une dentiste, mais on se demande comment se passe le quotidien d'une personne qui œuvre dans le domaine de l'environnement, de l'ergonomie, du biomédical, de l'électronique, des télécommunications ou de l'ingénierie.

D'ailleurs, c'est faux de penser que les ingénieurs travaillent en solitaire ou sur des machines. Ils sont souvent en équipes multidisciplinaires pour concevoir beaucoup de choses. Par exemple, pour créer des jeux vidéo, il faut une équipe de programmeurs, mais aussi des gens qui ont un côté plus artistique pour parfaire l'allure générale du jeu.

Peut-être manque-t-on d'occasions pour révéler la science aux filles...

Il n'est jamais trop tôt pour « rencontrer » les sciences

Pourtant, plusieurs activités sont proposées aux jeunes, filles ou garçons, afin de les familiariser avec les sciences. Ils peuvent participer aux Expo-sciences qui s'organisent dans tout le pays dès le niveau primaire et qui se poursuivent au secondaire et au collégial.

En Ontario et en Colombie-Britannique, entre autres, il y a le programme Go Eng Girls pour les filles de 7e à 11e années. De son côté, l'Université d'Alberta propose aux filles de 6e année une fin de semaine appelée Choices.

Au Québec, l'organisme Les Scientifines permet aux filles du primaire d'acquérir diverses compétences de vie par l'intermédiaire des sciences. Et puis, il y a la journée Les filles et les sciences, un duo électrisant! pour les étudiantes de deuxième et de troisième secondaires.

Mise sur pied en 1999 par Nathalie Beaudry, cette journée répondait à un besoin. Alors qu'elle travaillait dans un programme d'embauche de jeunes diplômés pour des postes en technologie de l'information, Mme Beaudry a réalisé qu'il y avait très peu de candidatures de femmes. Après vérification auprès de firmes offrant des carrières en sciences, elle a constaté que le problème était généralisé.

Avec le soutien de deux universités montréalaises, de l'École polytechnique et de l'École de technologie supérieure, elle a instauré un programme visant à attirer les jeunes filles vers les domaines scientifiques en leur présentant les multiples occasions d'emploi.

Depuis les débuts du programme, trois villes ont décidé d'emboîter le pas à Montréal : Sherbrooke, Rimouski et Québec.

La journée du 12 mars

La clientèle des deuxième et troisième secondaires est particulièrement visée, parce que c'est à ce stade de leur cheminement scolaire que les filles doivent décider si elles iront ou non en sciences.

Cette journée tombe à point nommé pour leur faire découvrir des carrières scientifiques et, surtout, pour les inciter à prendre LEUR place dans ce domaine qui n'est pas exclusivement réservé aux gars, malgré ce que semblent nous indiquer les chiffres.

Une étude pancanadienne réalisée par Ingénieurs Canada indique que le pourcentage de femmes présentes en génie, en sciences appliquées et en technologies est minime. Pour certaines disciplines, les inscriptions de femmes peinent à atteindre 20 %, et c'est identique aux États-Unis. Ça n'a donc pas changé beaucoup depuis « dans mon temps »!

Le samedi 12 mars, donc, en petits groupes, les filles seront jumelées avec une accompagnatrice qui œuvre dans le domaine des sciences et des technologies; elles pourront échanger avec elle tout au long de la journée.

En plus, elles assisteront à différents ateliers leur permettant de mettre la main à la pâte. Par exemple, elles pourront créer un circuit électrique, fabriquer de la crème glacée, réaliser une coulée de béton ou programmer une petite application pour une tablette.

D'année en année, au sortir de cette journée, les sondages reflètent toujours des sourires et un haut niveau de satisfaction de la part des participantes. Plusieurs ont découvert leur voie professionnelle grâce à cet événement.

La vision féminine

Dans la vie, la diversité est importante, et c'est pareil pour les emplois. En visant la parité, on arrive à mieux résoudre les problèmes, car les femmes ne les abordent pas de la même façon que les hommes.

À mes yeux, c'est très difficile de comprendre pourquoi les filles sont si peu présentes en sciences, domaine fascinant et partout présent dans notre quotidien.

D'ailleurs, cette année, je m'implique : j'ai accepté d'être la porte-parole de la journée Les filles et les sciences, un duo électrisant! J'espère donc rencontrer un grand nombre de filles le samedi 12 mars à l'École polytechnique de Montréal.

N'oubliez pas de vous inscrire sur le site Internet Lesfillesetlessciences.ca. (Et les parents sont les bienvenus!)

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