Les opioïdes, dont le tristement célèbre fentanyl, font des ravages comme drogues de rue. Aux États-Unis, et de plus en plus au Canada, l'abus de ces substances est à l'origine d'une crise de santé publique majeure.

Chaque jour en Amérique du Nord, des dizaines de personnes, peut-être même une centaine, meurent à cause d’une surdose d’opioïdes.

Quand je dis « crise de santé publique », je devrais donc plutôt dire « catastrophe de santé publique » - une catastrophe à laquelle on doit répondre par des mesures d’aide aux toxicomanes.

Parmi ces mesures, il y a bien sûr les centres d’injection supervisée, qu’on commence à ouvrir ici et là. Il y a aussi l’accès rapide à la naloxone, ce médicament qui limite les risques d’une surdose et qui, de ce fait, permet d’éviter bien des décès.

Diaboliser les opioïdes

Ce qu’on appelle souvent « l’épidémie des opioïdes » a récemment conduit à les diaboliser. Et même, à dénoncer ce qui en serait une cause importante : la prescription, parfaitement légale, de médicaments à base d’opioïdes pour traiter la douleur, aiguë ou chronique. On sait en effet que de nombreuses personnes dépendantes aux opioïdes, notamment au fentanyl, le sont devenues après s’être fait prescrire des médicaments antidouleur.

Mais attention aux effets pervers d’une telle diabolisation, qui conduirait, à la limite, à prôner l’élimination des opioïdes dans le traitement de la douleur.

Dans l’édition de cette semaine du JAMA, le Journal of the American Medical Association, deux médecins américains expliquent que les opioïdes restent des médicaments non seulement utiles, mais nécessaires pour bon nombre de patients souffrant de douleur chronique réfractaire aux autres formes de traitement. Les deux médecins, Kurt Kroenke, de l’École de médecine de l’Université de l’Indiana, et Andrea Cheville, de la Clinique Mayo, rappellent qu’aux États-Unis, de cinq à huit millions de personnes utilisent les opioïdes pour le traitement à long terme de leur condition. Et qu’elles le font de façon efficace et sécuritaire.

Les Drs Kroenke et Cheville mentionnent que cette diabolisation pourrait aussi avoir pour effet que les médecins hésitent à prescrire de petites quantités d’opioïdes, pour de courtes périodes, à des patients souffrant de douleur aiguë, par exemple après une intervention chirurgicale ou à cause d’un violent mal de dents. Or, notent-ils, une étude sur 10 millions d’utilisateurs occasionnels d’opioïdes a montré que le risque d’un passage à l’utilisation chronique est plutôt faible : 1,3 % un an et demi après la première prescription, 2,1 % trois ans après, et 5,3 % neuf ans après.

La médecine se heurte souvent à de tels dilemmes. Ce qui est bon pour certains malades peut devenir mauvais pour d’autres personnes.

Les opioïdes, on le voit, sont bénéfiques pour nombre de patients souffrant de douleur chronique autrement incontrôlable. Mais ils sont dangereux quand ils se retrouvent dans la rue, sous n’importe quelle forme et dans n’importe quelle qualité.

Est-ce qu’il faut pour autant les condamner en bloc et sans discernement? Ou diminuer de façon arbitraire les doses prescrites à des patients qui, jusque-là, maîtrisaient bien leur douleur, sans risque d’addiction ni de surdose? Est-ce qu’on peut courir le risque de faire de la douleur chronique une maladie orpheline? Certainement pas.

Comme le soulignent les Drs Kroenke et Cheville dans leur article, certains commencent à plaider pour une plus grande utilisation du cannabis dans le traitement de la douleur chronique. Pourtant, les études sur ce sujet restent peu nombreuses, pas très bien faites, et qui plus est peu concluantes. Il faudrait faire attention, préviennent les deux médecins, « à ne pas remplacer l’épidémie des opioïdes par une épidémie de cannabis ».

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