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Les produits ménagers plus dangereux que prévu pour la santé et l’environnement

Tout comme les émissions d'usines ou de voitures, les produits nettoyants ou hygiéniques sont désormais parmi les plus grandes causes de pollution et de problèmes de santé liés à l'air.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Deux études récentes montrent que des produits tels que les parfums, les shampoings, les détergents ou la peinture ont un impact plus important que prévu sur l’environnement. Ils y exercent une contribution aussi grande que celle des voitures dans la formation des smogs.

Sur le plan de la santé, ils entraînent aussi des problèmes pulmonaires importants chez les personnes qui les utilisent quotidiennement.

Les solvants, tout comme les autres produits à base de pétrole, sont parmi les plus importants producteurs de composés organiques volatils, soit des vapeurs contenant du carbone, du chlore ou du soufre.

Ces émanations sont des irritants susceptibles de provoquer des problèmes respiratoires. De plus, une fois dans l’air, elles peuvent réagir avec la lumière du soleil et former de l’ozone près du sol ou d’autres gaz responsables de l’apparition de smogs.

Comparable à la cigarette

Des études ont déjà mesuré l’effet de produits ménagers sur l’asthme, mais on connaît moins leur effet sur l’échelle d’une vie. Plusieurs personnes travaillant dans le secteur de l’entretien ménager n’ont pas d'autre choix que d’y être exposées quotidiennement.

Pour en évaluer l’impact sur leurs fonctions respiratoires, des chercheurs norvégiens ont utilisé les données de plus de 6000 participants qui ont été suivis durant 20 ans.

Leurs résultats, publiés dans la revue American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, montrent qu’après plusieurs décennies, la capacité pulmonaire des femmes qui utilisaient des produits ménagers quotidiennement était affectée de façon importante.

S'il est normal que la capacité pulmonaire diminue en vieillissant, cette baisse était beaucoup plus rapide chez les sujettes de l'étude, au même titre que si ces femmes fumaient une à deux cigarettes par jour pendant 20 ans.

Pour les chercheurs, il est probable qu’une exposition quotidienne à ces vapeurs endommage les cellules fragiles qui recouvrent l’intérieur des poumons et qui produisent un mucus essentiel à la protection et au bon fonctionnement de cet organe.

Cet effet n’a toutefois pas été remarqué chez les hommes de l’étude. Bien qu’il se puisse que ces derniers soient moins sensibles aux effets toxiques de ces vapeurs, les chercheurs affirment qu’il est possible que leurs données aient été affectées par le nombre moins important d’hommes qui travaillent dans des services d’entretien ménager.

Comparable aux voitures

Le problème des produits ménagers ne se limite pas seulement à l’air ambiant d’une maison. Une fois à l’extérieur, ils contribuent de manière importante à la pollution de l’air.

Cet effet est connu depuis plusieurs années, mais une étude parue dans Science montre que la contribution de ces émissions aux smogs est maintenant à égalité avec celle des voitures.

Si l'on détecte ce phénomène aujourd’hui, ce n’est pas que les émissions de composés organiques volatils augmentent, mais plutôt que les réglementations sur les émissions polluantes des voitures ont réussi à diminuer l’impact des véhicules sur la pollution de l’air depuis les années 1970.

Cette baisse a permis d’identifier de nouvelles sources déjà présentes dans l’air.

Les voitures restent beaucoup plus utilisées que les produits ménagers, mais ces derniers sont conçus pour disperser leur fragrance dans l’air. Jusqu’à 40 % de ces produits peuvent se retrouver dans l’air qu’on respire à chaque utilisation.

Les chercheurs rappellent que, dans l’attente de nouvelles réglementations, le consommateur peut lui-même diminuer ces émissions. La majorité de ces produits chimiques peut facilement être utilisée en plus petite quantité ou être remplacée par de l’eau et du savon.