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Les tatouages, moins permanents qu’on le pensait

Si un tatouage peut être éternel, ce n'est pas le cas des cellules de la peau porteuses de son pigment, ont montré des chercheurs français qui ont observé que ces cellules « tatouées » transmettent le pigment à de nouvelles cellules lorsqu'elles meurent.

Un texte d'Alain Labelle

Le fait d’agir sur ce processus améliore les techniques actuelles d’effacement de tatouages réalisées par laser, pensent les chercheurs Sandrine Henri et Bernard Malissen du Centre d’immunologie de Marseille-Luminy.

Où se loge l'encre?

La peau se renouvelle constamment, mais elle possède la capacité étonnante de conserver les tatouages à sa surface pendant des décennies.

On pensait que l’encre teintait les cellules du derme de la peau, les fibroblastes, qui permettent aussi la cicatrisation.

Plus récemment, une autre hypothèse a été avancée. Ce seraient les macrophages de la peau (des cellules immunitaires spécialisées du derme) qui « ingéreraient » le pigment du tatouage, comme ils le font normalement avec les bactéries pathogènes ou les morceaux de cellules mourantes.

Dans les deux cas, on présumait que la cellule porteuse de pigment vivait éternellement et permettait ainsi au tatouage d’être plus ou moins indélébile.

Les auteurs de ces travaux ont remis en question ces deux explications.

« Ce cycle de capture, libération et recapture du pigment se produit continuellement dans une peau tatouée », expliquent-ils.

Ils ont observé le processus dans la queue d'une souris tatouée en laboratoire. Pour accélérer le processus, le rongeur avait préalablement été génétiquement modifié pour lui permettre de tuer les macrophages résidant dans son derme.

Au cours des semaines qui ont suivi, les chercheurs ont observé que les cellules ainsi détruites avaient été remplacées par de nouveaux macrophages dérivés de cellules précurseurs présentes dans le sang et provenant de la moelle osseuse, connues sous le nom de monocytes.

Ils ont ainsi constaté que les macrophages du derme étaient le seul type de cellules à absorber le pigment lors du tatouage de la queue des souris. En outre, malgré la mort programmée de ces macrophages, l’apparence du tatouage ne changeait pas.

L’équipe a donc conclu que les macrophages morts libéraient le pigment dans leur voisinage où, au cours des semaines suivantes, ce pigment était réabsorbé par de nouveaux macrophages.

Les chercheurs ont aussi transféré un morceau de peau tatouée d’une souris à une autre et ont découvert que, six semaines plus tard, la plupart des macrophages porteurs de pigment provenaient de l’animal destinataire plutôt que de l’animal donneur.

Cette découverte pourrait éventuellement rendre service aux personnes qui désirent effacer un tatouage. Elle pourrait aider à améliorer la technique par des impulsions laser qui provoquent la mort des cellules cutanées ainsi que la libération et la fragmentation de leurs pigments.

Elle permet l'élimination temporaire des macrophages présents dans la zone du tatouage. Il ne reste plus ensuite qu'à éloigner l'encre par les vaisseaux lymphatiques qui drainent la peau.

Le détail de cette étude est publié dans le Journal of Experimental Medicine.

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