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Les trésors de Miguasha livrent de nouveaux secrets

Le site gaspésien nous a donné il y a quelques années un fossile considéré comme un des 10 spécimens les plus significatifs de la planète en paléontologie. Les trésors extraits de la falaise de Miguasha ne cessent de nous en apprendre sur l'évolution des espèces.

Un texte de Mathieu Gobeil

L'Elpistostege watsoni, qui vivait il y a 380 millions d’années, marque la transition entre la vie aquatique et terrestre, puisqu'il présente à la fois des caractéristiques d'un poisson et d'un vertébré à pattes.

La découverte de ce fossile complet, long de près de 1,6 mètre, avait créé une onde de choc dans le monde de la paléontologie en 2013, puisqu’il apportait un nouvel éclairage sur ce moment charnière dans l’évolution des vertébrés. Mais voilà que d’autres détails émergent sur « Elpi » – qui est devenu depuis l’emblème du parc de Miguasha.

« C’est vraiment le dernier poisson juste avant les premiers tétrapodes, les animaux à quatre pattes. À l’époque [en 2013], on estimait que c’était un poisson très important, mais maintenant on n’en a aucun doute. Il nous renseigne sur une foule de transformations au niveau des membres, du crâne [...] C’est une source d’information incroyable », explique le paléontologue Richard Cloutier, de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), qui en a fait l’examen détaillé.

Ses collègues et lui font actuellement le recensement de dizaines de formes de poissons qui se rapprochent d’Elpistostege, pour savoir où il se situe exactement dans le grand arbre de la vie. Des publications sont prévues au printemps.

« On est en train de calculer à quelle vitesse s’est faite cette évolution, parce que c’est un des grands passages évolutifs [celui entre la vie aquatique et terrestre]. On veut savoir si c’est un passage rapide et si c’est tout l’organisme qui a évolué en fonction de nouveaux environnements. »

D’autres espèces retiennent aussi l’attention du chercheur et de ses collègues.

« À Miguasha, dans un horizon fossilifère, une couche de roches de 30 cm d’épaisseur, on a trouvé en quelque sorte une pouponnière fossilisée. On a des représentants de larves, des juvéniles et des adultes, et on est capable de reconstituer, pour plusieurs espèces, la séquence exacte du développement : tous les changements de forme, comment se sont formés chacun des os dans les squelettes de ces espèces. »

Ce sont les plus anciennes ontogénies fossiles, les plus anciennes séquences de croissance chez les vertébrés. Tout ça, c’est à Miguasha.

Richard Cloutier, paléontologue

Pour un musée québécois d'histoire naturelle et de l'évolution

Le paléontologue, qui avait été nommé scientifique de l’année de Radio-Canada en 2003 pour la découverte et l'analyse du plus ancien fossile de requin du monde, découvert à Atholville, à quelques kilomètres de Miguasha, plaide pour la valorisation et la diffusion auprès d'un vaste public des connaissances issues des découvertes québécoises en paléontologie.

On a un trésor incroyable au Québec, qui est le parc national de Miguasha et les fossiles qui sont là. On a un événement qui est des plus cruciaux dans l’évolution de la vie, la transition entre les animaux aquatiques et terrestres. On pourrait exploiter ça, faire revivre ces organismes de façon virtuelle et utiliser ça dans les écoles.

Richard Cloutier, paléontologue

Richard Cloutier croit que le Québec doit aller beaucoup plus loin et créer un véritable musée d'histoire naturelle.

« Oui, on en a un à Miguasha, mais ça demeure loin des grands centres urbains. Ce n’est pas tout le monde qui va partir de Montréal ou de Québec pour se rendre en Gaspésie », dit-il.

On a besoin d’un musée pour sensibiliser le public, pour augmenter l'accessibilité à la connaissance, au savoir relatif à l’évolution, à la paléontologie, à l’histoire naturelle, dans un grand centre urbain. […] On est un peu déficitaire sur cet aspect-là au Québec.

Richard Cloutier, paléontologue

Un tel musée pourrait faire une bonne place à la reconstitution virtuelle et à l’animation des spécimens – comme le font les grands musées du monde, mentionne-t-il. « C’est une technologie qui est accessible et qui rend les fossiles vivant. C’est incroyable, le pouvoir d’interprétation qu’on peut avoir avec ces outils-là. »

Un tel musée compléterait ce qu’offre déjà le musée Redpath, à Montréal, qui a une facture beaucoup plus classique. Il permettrait aussi de mettre en valeur la riche collection du Musée de paléontologie et de l'évolution, hébergé dans des locaux à Pointe-Saint-Charles, à Montréal, qui est toujours à la recherche d'un site permanent d'exposition.

Changements climatiques

Richard Cloutier rappelle que la paléontologie nous renseigne aussi sur les changements majeurs qu’a subis la Terre au cours de millions d’années, une connaissance qui permet de mieux comprendre le grand bouleversement actuel provoqué par les changements climatiques.

« On sait, à l’aide du registre fossile, qu’il y a eu des périodes de très grande diversification, des périodes d'extinction. Oui, certains changements sont d’ordre naturel, mais, sur le plan de l’impact de l’humain sur la biodiversité, sur l’environnement, je pense qu’on devrait utiliser un peu plus l’aspect fondamental, l’aspect paléontologique pour essayer de faire visualiser aux gens les changements qu’il y a pu y avoir dans le passé et le moment où on a amplifié ces changements-là en très peu de temps. »

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