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Loups, cougars… la peur qu’ils inspirent est essentielle à la biodiversité

Les grands carnivores qui inspirent un sentiment de peur chez les autres animaux permettent de réguler la chaîne alimentaire et d'équilibrer les écosystèmes, selon l'étude d'une équipe de chercheurs britanno-colombiens publiée dans la revue Nature Communications.

Un texte d'Anne-Diandra Louarn

Comme dans un retour aux valeurs fondamentales du règne animal, les scientifiques sont parvenus à démontrer que la crainte du prédateur est un outil de régulation à lui tout seul.

Pour ce faire, ils ont étudié les comportements de plusieurs espèces, dont des ratons laveurs, dans les îles du Golfe, en Colombie-Britannique. Leur importante population a des effets « dévastateurs » sur les crabes et poissons dont ils se nourrissent le long du littoral.

Dans cette région, « les ratons laveurs ne sont pas peureux, car les gros prédateurs qui les chassent (cougars et loups) ont été éliminés il y a un siècle », peut-on lire dans un communiqué de l'organisme environnemental Raincoast qui a participé à l'étude.

Pendant des mois, les chercheurs ont diffusé à l'aide de larges enceintes disséminées sur les côtes des bruits menaçants comme des cris de cougars et de loups. « Le simple son des prédateurs a généré de la crainte chez les ratons laveurs qui ont donc drastiquement réduit le temps qu'ils passaient sur les côtes à se nourrir. »

Cette expérience a permis de renverser l'impact des ratons laveurs sur les populations de crabes, de poissons et d'oiseaux chanteurs et donc sur l'écosystème local, selon l'étude.

Ne plus abattre de prédateurs

Par extension, les chercheurs croient que cette étude aura un impact sur l'abattage controversé de certains prédateurs ou sur les programmes de réintroduction de plusieurs espèces qui peinent à faire l'unanimité.

« Les humains ont peur des gros prédateurs, car ils constituent et sont perçus comme une menace sur nos vies. Cela explique, par exemple, que le programme de réintroduction des loups dans le parc américain de Yellowstone soit si controversé. Cette nouvelle étude répond à ce débat », écrit Raincoast.

« Nos conclusions ont des implications cruciales sur la gestion et les politiques de conservation de la vie sauvage », souligne l'un des auteurs de l'étude, Justin Suraci, écologiste chez Raincoast et doctorant à l'Université de Victoria.

Depuis plusieurs mois, Raincoast et plusieurs autres organismes de défense de l'environnement mènent une campagne contre l'abattage de loups et la chasse aux ours en Colombie-Britannique. Pacific Wild et Valhalla Wilderness Society ont même récemment rempli une demande officielle d'examen judiciaire afin de porter leur combat devant la justice.

Du côté de Victoria, on indique qu'il s'agit de répondre à la menace que ces prédateurs constituent pour les élevages. Le ministère britanno-colombien de l'Environnement croit aussi que cette méthode permettra de sauver les populations de caribou en déclin dans certaines régions où ils sont menacés d'extinction.