Où s'en va le Centre des sciences de Montréal ? L'institution, qui a pignon sur fleuve dans le Vieux-Port depuis 2000, a vécu des années d'effervescence, avec ses expositions permanentes et, chaque année, en moyenne, une nouvelle exposition temporaire.

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les Années lumière

Mais le Centre des sciences vit, depuis quelque temps, des moments difficiles, pour ne pas dire troublés. D'abord, parce qu'il est fermé depuis le 27 mai, alors que les employés du Vieux-Port sont entrés en grève. Et parce qu'il a perdu cette semaine sa directrice, l'astronaute Julie Payette. Sans compter qu'au cours des derniers mois, plusieurs employés des tout débuts ont quitté le navire. À cause d'une certaine lassitude, peut-être. Mais aussi parce qu'ils étaient déçus de voir l'institution perdre des plumes et, du coup, une partie de sa vocation ou de sa mission : le volet des expositions temporaires a pratiquement été réduit à zéro, celui des événements spéciaux aussi, tout comme le budget publicité et marketing.

À l'origine de cette morosité ? Une réforme administrative de 2012, qui a fait tomber le CSM dans le giron de la Société immobilière du Canada. La SIC a pour mission de rentabiliser les terrains et bâtiments appartenant au gouvernement du Canada. C'est donc un organisme à vocation commerciale, qui doit faire des profits et verser des dividendes au gouvernement, et pas un organisme à vocation culturelle ou éducative.

La Société immobilière, devine-t-on, aimerait faire du Centre des sciences un « attrait touristique », une installation qui rapporte... un peu comme la Tour CN, à Toronto, qui lui appartient elle aussi. Évidemment, ce n'est pas possible : un équipement culturel comme un Centre des sciences ou un musée ne s'autofinance pas, il a toujours besoin d'un soutien extérieur, gouvernemental en l'occurrence. Soit dit en passant, dans le cas du CSM, le niveau d'autofinancement est élevé, plus de 50%, contre une moyenne d'une vingtaine de pour cent pour les organismes de ce genre.

Ces difficultés que traverse le Centre des sciences de Montréal sont un exemple de ce que vivent les institutions vouées à la culture scientifique. Le Centre relève du gouvernement fédéral. Mais on vit aussi des difficultés du côté du gouvernement québécois. On se rappelle l'épisode des subventions aux publications de vulgarisation et de diffusion scientifiques, subventions qui ont failli être coupées... n'eût été une intervention de dernière minute, à la suite du tollé que la décision avait soulevé.

Plus récemment, le ministère de la Culture et des Communications a modifié son Programme d'aide au fonctionnement des institutions muséales, le PAFIM. Cette modification permet à des musées existants de soumettre leur candidature à cette aide, ce que plusieurs espéraient obtenir - mais les musées scientifiques ont spécifiquement été exclus de cette mesure. Pourquoi ? Apparemment parce que le ministère de la Culture aimerait voir un autre ministère se charger de la muséologie scientifique... mais les volontaires ne se bousculent pas au portillon. Peut-être aussi parce que, aux yeux de plusieurs, la science et la technologie ne sont pas considérées comme faisant partie de la Culture.

Et cela, même si la population aime les institutions muséales scientifiques. En 2015, par exemple, 14 millions de personnes ont fréquenté les musées québécois : 14% d'entre eux étaient des musées de science... qui ont à eux seuls attiré 35% des tous les visiteurs !

Les gouvernements semblent ne pas trop savoir dans quelle boîte placer la culture scientifique. Un loisir ? Un produit à vocation économique ? Pourtant, ces mêmes gouvernements vantent toujours l'économie dite « du savoir », ils parlent d'emplois, de carrières d'avenir, de formation des jeunes.

Cette semaine, le gouvernement du Québec a annoncé la création d'un Conseil consultatif de l'économie et de l'innovation. Espérons que ce Conseil saura que, pour qu'il y ait de l'innovation, il faut des innovateurs. Et que les vocations d'innovateur, ça naît souvent... dans des centres de science.