La science est présente dans tout, même dans la danse!

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

Depuis 1982, cette discipline a droit à sa journée internationale, le 29 avril. Pourquoi cette date? Parce qu'en 1727, un 29 avril, naissait Jean-Georges Noverre, un danseur français et maître de ballet qui a été considéré comme le créateur du ballet moderne. Il a chorégraphié une cinquantaine de ballets entre 1751 et 1795.

Le prétexte est tout trouvé pour tenter de comprendre scientifiquement certains aspects de la danse, dont le partenariat et la mémorisation.

Partenariat

Si vous avez déjà vu des ballets classiques, vous aurez remarqué, lors des pas de deux, que le danseur attrape la danseuse étoile qui s'élance vers lui, la soulève, parfois d'une seule main, se déplace avec elle, la fait pivoter pour la redescendre au sol, le tout, en équilibre. Ils font ce qu'on appelle des portés.

Pour que ça paraisse facile, il a fallu que ces danseurs répètent leurs mouvements pendant plusieurs heures et mettent en application des techniques qui leur permettent de faire des portés sans déployer d'effort surhumain.

Le secret pour que deux danseurs évoluent bien ensemble réside dans l'équilibre des forces. Tant qu'il n'est pas trouvé, l'effort entre en ligne de compte et la contraction musculaire, souvent dans le dos, compense en produisant la force qui manque pour rééquilibrer l'ensemble. Des danseurs qui forcent risquent de se blesser et n'ont aucun plaisir à exprimer leur art.

Les danseurs Rémi Laurin-Ouellette et Dominic Caron (photo : Justin Lapointe, Cœur des sciences, UQAM)

Chorégraphie

Imaginons une chorégraphie exécutée par deux danseurs. L'un d'eux, le porteur, se prépare à recevoir dans ses bras l'autre danseur, le supporté, qui après une légère course fera un saut, espérant être attrapé.

Quand le supporté arrivera sur le porteur, une force horizontale sera appliquée sur ce dernier. S'il n'est pas prêt à recevoir le supporté, le porteur sera bousculé et déséquilibré vers l'arrière. Il doit donc se préparer à contrer cette force-là par une autre force égale dans le sens opposé. Pour ce faire, il doit se pencher vers le supporté au moment où il fera son saut. Évidemment, ce mouvement vers l'avant est subtil. Il paraît à peine pour le spectateur, mais il réussira à équilibrer le couple de danseurs.

Parfois, le danseur qui s'élance pense qu'il doit sauter plus haut, mais en fait, pour aider le porteur, il devrait plutôt sauter vers lui. Souvent un saut en hauteur implique un saut rapide ce qui représente une difficulté supplémentaire pour le porteur qui doit coordonner sa vitesse avec celle du sauteur.

Il devient alors plus facile pour le porteur d'attraper l'autre danseur.

Voici les explications de Sylvain Lafortune qui démontre avec un autre danseur cet équilibre des forces. (La vidéo a été enregistrée lors d'une conférence sur la science et la danse offerte par le Coeur des Sciences de l'UQAM :

Poids c. force

Malgré la croyance populaire, il est faux de croire que si le porteur est un homme grand et fort et le supporté, une danseuse petite et légère, les portés seront plus faciles.
La preuve : dans la danse contemporaine, on voit souvent des femmes soulever des hommes.

Évidemment, que le porteur soit fort et le supporté, léger, ça aide, mais quand les danseurs ont de la difficulté à exécuter correctement leurs portés, il arrive souvent qu'ils tentent de trouver une solution à leurs problèmes de partenariat par essais et erreurs. Mais s'ils analysaient leurs difficultés au moyen de la physique, ils résoudraient rapidement leurs problèmes en appliquant quelques notions théoriques assez simples.

Mémorisation

Je danse depuis mon enfance, principalement le ballet, mais aussi le jazz et la claquette. Quand j'étais plus jeune, j'étais surnommée « la mémoire du groupe ». De cours en cours, je me souvenais des mouvements appris la semaine précédente. Mais en grandissant (!), j'ai perdu cette qualité. J'apprends vite, mais j'oublie. Pourquoi certains danseurs ont-ils de la facilité à apprendre les mouvements, mais les oublient rapidement, alors que pour d'autres, c'est l'inverse?

C'est une question qui peut aussi s'appliquer à d'autres sports comme la gymnastique, la nage synchronisée, le patin artistique, le karaté ou même le ski, car apprendre une chorégraphie, un geste moteur ou sportif, c'est le même principe.

La réponse? C'est simplement parce que ce n'est pas la même mémoire qui travaille...

Apprentissage - mémoire procédurale

Pour apprendre les mouvements, on fait appel à la mémoire procédurale. Une série de structures enfouies sous le cortex, les ganglions de la base, sont responsables de la planification motrice. Quand on veut faire un mouvement de danse, notre lobe frontal décide volontairement qu'on en fera un. Il envoie une commande, un patron moteur, à travers ces ganglions de la base, qui sera organisée et retournée au cortex. C'est lui qui l'enverra par l'entremise des neurones aux muscles pour faire l'action désirée.

Le rôle principal du cortex est de faciliter les contractions musculaires qu'on veut faire et de bloquer celles qu'on ne veut pas. La pratique permet de raffiner le patron moteur de façon à éliminer les contractions musculaires non désirées. Le mouvement devient alors fluide. Quand le patron moteur satisfait le danseur, un neurotransmetteur, la dopamine, est secrété et la prochaine fois que ce mouvement sera effectué, la relâche du patron moteur sera facilitée. C'est ainsi que se fait l'apprentissage.
Cette mémoire prend beaucoup de temps à être consolidée, contrairement à celle qui nous permet de retenir les mouvements.

Souvenirs - mémoire déclarative

Quand vient le temps de se souvenir des chorégraphies, c'est la mémoire déclarative qui agit. Cette fois, ce sont les lobes temporaux qui sont concernés, ainsi qu'une structure interne, l'hippocampe. Elle sert à conserver les souvenirs des choses banales comme les numéros de téléphone ou les adresses, mais aussi l'ordre des mouvements dans une chorégraphie et le moment où le danseur doit être sur scène.

Les danseurs Louis -Elyan Martin et Sophie Breton (photo : Justin Lapointe, Cœur des sciences, UQAM)

Danser... sans fin!

Évidemment, comme toutes les parties du corps, la mémoire se dégrade en vieillissant. Il importe donc de continuer à faire travailler les structures nerveuses qui servent à apprendre et à retenir les gestes moteurs.

Je vais donc danser encore longtemps, c'est certain!

Merci à Sylvain Lafortune (danseur depuis 30 ans, doctorat en études et pratiques des arts, professeur de danse de partenariat) et à Christian Duval (professeur au département de kinanthropologie à l'UQAM) pour ces explications.

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