Un court article d'un médecin de famille dans le journal La Presse, il y a quelques jours, a relancé de façon très directe le débat sur l'aide médicale à mourir. Le Dr Pierre Viens racontait dans cet article la mort d'une patiente, Hélène L., à laquelle il n'avait pas pu apporter cette aide médicale ultime.

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les Années lumière

Pourquoi ? Parce qu'elle n'était pas « en fin de vie » et que ce « en fin de vie » est un préalable écrit dans la loi. Elle était atteinte de sclérose en plaques depuis 20 ans. Elle était réduite à un état de détérioration physique extrême - elle n'avait plus que sa main gauche et cette main gauche aussi se détériorait. Réduite aussi à une dépendance absolue pour la moindre activité, pour le moindre geste de la vie quotidienne. Mais... pas « en fin de vie », pas sur le point de mourir de sa sclérose en plaques. En langage bureaucratique, elle n'était pas « admissible » à recevoir cette aide médicale à mourir qu'elle souhaitait en toute lucidité.

Sa solution? Se laisser mourir de faim et de soif! Un suicide à petit feu qui a duré 14 jours et 14 nuits. Qui a exigé une force et un courage inouïs. Et qu'elle a accompli, selon le Dr Pierre Viens, avec une grande dignité.

Mais comme société : laisser quelqu'un comme Hélène L. mourir au bout d'une grève de la faim et de la soif n'est certainement pas la laisser « mourir dans la dignité ». C'est plutôt l'abandonner, la traiter avec indignité. Et c'est tellement vrai, cette indignité, que le Collège des médecins du Québec se sent obligé, pour humaniser un peu l'inhumain, de préparer un « guide de pratique » pour les médecins qui auront à accompagner des patients « non admissibles à l'aide médicale à mourir » et qui choisiront de se laisser mourir par le jeûne!

On peut être en fin de vie pas seulement parce que la mort physique, biologique, est imminente, comme dans un cancer avancé, incurable. On peut l'être aussi, comme personne humaine (une personne, c'est un corps et un esprit) dans d'autres circonstances. Parce qu'on est au bout de ses douleurs. Parce qu'on n'a plus la moindre capacité à vivre sa vie quotidienne. Parce qu'on a une maladie pour laquelle la médecine n'a plus rien à offrir. Parce qu'on est atteint d'une maladie dégénérative, implacable, incurable, débilitante... comme ce sera de plus en plus le cas dans nos sociétés vieillissantes.

Bien sûr, cela pose des questions éthiques, médicales, humaines difficiles. Difficile de définir la limite au-delà de laquelle la vie n'est vraiment plus une vie. De définir les circonstances physiques, psychologiques, cognitives qui justifient cette demande d'aide. Ou encore de définir ce qu'est le consentement de la part de patients atteints de démences.

Mais ce qu'on commence à comprendre et ce qu'on doit reconnaître, comme l'écrit le Dr Pierre Viens, c'est que « l'aide médicale à mourir est un vrai soin, le dernier, le plus beau. »

Je ne sais pas comment je mourrai. Probablement couché, physiquement couché. Mais, j'espère, debout psychologiquement et intellectuellement. Je ne sais pas comment je mourrai, mais ce que je sais, c'est que je veux mourir libre. Libre, éventuellement, de choisir moi-même le moment et la façon du dernier passage. Avec, au besoin, l'aide médicale qu'on a refusée à Hélène L.