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Non, l’être humain n’a pas atteint son âge limite

Vivre éternellement tient davantage du rêve que de la réalité. Mais une équipe de chercheurs de l'Université McGill a déterminé que l'être humain n'a pas encore atteint la durée maximale de sa vie, même si la mort a toujours fini par le rattraper.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Les biologistes Bryan G. Hughes et Siegfried Hekimi viennent ainsi contredirent les travaux de deux confrères américains, qui avaient fixé l’an dernier la durée maximale de la vie humaine à 115 ans.

« Les gens vivent de plus en plus longtemps et il n’y a pas d’indication claire que ça va s’arrêter », estime Siegfried Hekimi.

Il en arrive à cette conclusion, en ayant repris les mêmes données de la Human Mortality Database qu’avaient utilisé les chercheurs américains. Cette base de données regroupe les informations de près de 40 pays, dont les États-Unis, la France et le Japon, sur l’espérance de vie de leur population.

Le passé garant de l’avenir

Pour preuve, il suffit d’observer l’évolution de la durée de vie humaine des trois derniers siècles, selon lui. L’'être humain vit en effet beaucoup plus longtemps que son ancêtre. « Et au 20e siècle, ça s’est accéléré », rapporte le biologiste.

Un Canadien pouvait, par exemple, vivre environ 50 ans en 1901, alors que l’espérance de vie se chiffre aujourd’hui à plus de 80 ans. « C’est possible que ça augmente encore longtemps », croit-il.

« C’est une augmentation constante de la durée de vie moyenne. Elle s’applique presqu’au monde entier, mais évidemment davantage aux pays les plus développés, comme le Canada et les pays européens », précise Siegfried Hekimi.

Les progrès technologiques et les avancés de la médecine jouent donc un rôle important dans le prolongement de la vie.

« Plus notre vie est devenu industrialisée, plus on a pu contrôler notre environnement, notre confort », poursuit le chercheur, citant l’hygiène, le chauffage, l’alimentation et les vaccins comme exemples. Même le travail est devenu moins exigeant physiquement, ajoute-t-il

« Pour toutes ces raisons, les gens vivent plus vieux. Et il n’y a rien qui est plus nocif que tous les avantages qu’on tire d’avoir un environnement aussi contrôlé », estime Siegfried Hekimi.

Le biologiste rejette ainsi l’impact négatif que pourraient avoir l’industrialisation et les progrès technologiques sur la santé humaine. Il ne voit que du positif pour l’avenir.

Dans leur étude, les deux chercheurs de l’Université McGill n'ont pas pris en considération le pays de résidence ni le contexte socio-économique des « supercentenaires ». Ils ne font pas non plus de distinction entre l'homme et la femme.

« Ceux qui vivent jusqu’à 117 ans sont nés il y a 117 ans », poursuit Siegfried Hekimi. Ils ont vécu une grande partie de leur vie sans le confort et les technologies du 21e siècle.

« Il faudra maintenant attendre de voir la durée de vie que vont atteindre ceux qui sont nés il y a 10 ans. » Selon Siegfried Hekimi, c’est l’argument principal qui lui permet de dire que si l’être humain a une durée de vie maximale, celle-ci n'a pas encore été atteinte, n'y même identifiée.

Le recensement de Statistique Canada montrait par ailleurs qu'en 2016, il y avait 8230 personnes âgées de 100 ans et plus au pays. Les centenaires sont le groupe d'âge qui affiche la croissance la plus rapide, même qu'on estime qu'ils seront jusqu'à cinq fois plus nombreux en 2050.

Adapter la société aux « supercentenaires »

L’être humain rêve depuis longtemps de longévité, voire même d’immortalité. « Ce n’est pas nouveau, assure l’anthropologue Ignace Oulazabal. Mais encore faut-il un état de santé optimal. C’est beau en théorie, mais en pratique, les défis sont importants. »

Déjà, il est improbable, selon le professeur à l’Université de Montréal, que l’être humain puisse prolonger sa durée de vie, sans les problèmes de santé liés au vieillissement.

« Nous vivons dans une société qui prône l’autonomie, explique Ignace Olazabal. Les personnes dépendantes sont considérées comme un fardeau. La vieillesse n’a pas bonne presse dans la société occidentale. »

Vivre au-delà de 100 ans nécessiterait donc un ajustement de toute notre société, mais d’abord de notre cycle de vie.

« On travaille jusqu’à la fin de nos jours. On est actif, donc productif, donc utile socialement. Et puis, on se retire pour mourir, c’est le pattern habituel depuis l’aube de l’humanité, explique-t-il. Le troisième âge est une invention relativement récente, qui vient avec la retraite. »

« C’est sûr qu’il faudrait repenser toute notre façon de concevoir ce parcours de vie, qui deviendrait très long. Il faudrait se poser la question : "est-ce qu’on travaille jusqu’à 100 ans et on prend un retraire de 30 à 50 ans? Est-ce qu’on travaille jusqu’à 120 ans?" Pour moi, ça relève de l’utopie. »

« Mais le moment est venu de se poser des questions tant sociologiques que philosophiques », ajoute Ignace Olazabal. Inévitablement, selon lui, il faudra adapter le monde de demain à la présence d’un plus grand nombre de personnes âgées, qu’elles soient de plus en plus vieilles ou non.

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