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Nouveau vaccin contre la pneumonie et la méningite chez les enfants du Nord canadien

Des chercheurs fédéraux ont collaboré au développement d'un vaccin préventif pour une bactérie potentiellement mortelle qui cause la pneumonie, des empoisonnements du sang, et la méningite chez les enfants. Cette bactérie affecte en particulier les enfants des communautés autochtones et du Grand Nord. Les scientifiques espèrent que le vaccin sera disponible en 2022.

Des scientifiques de l’Agence de la santé publique du Canada ont d’abord identifié des infections à la bactérie Haemophilus influenzae (Hia) dans le milieu des années 2000, dans des hôpitaux à Winnipeg, Edmonton et Montréal.

La bactérie est devenue plus commune depuis. C’est une préoccupation de santé publique pour les enfants de cinq ans et moins et pour les adultes dont le système immunitaire ne fonctionne pas bien, explique le Dr Guillaume Poliquin, conseiller médical senior pour l’Agence de la santé publique du Canada au Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg.

Le Dr Poliquin est pédiatre et spécialiste des maladies infectieuses. Il travaille dans des communautés du Nord canadien et a vu l’impact de cette bactérie pour les patients et leurs familles. Environ 500 personnes sont exposées à Hia chaque année, et environ 10 % de ces personnes en meurent.

« Ça peut se propager partout dans le corps et ça peut causer des pneumonies, ainsi que des infections de la peau, des tissus mous et des os. La complication qui nous inquiète le plus est la méningite », dit le médecin spécialiste.

« On ne sait pas pourquoi on voit la bactérie spécifiquement chez les populations autochtones, mais on fait de la recherche là-dessus, précise-t-il. Ça pourrait être les conditions de vie dans le Nord, les logements surpeuplés et l’accès difficile à de la nourriture nutritive, mais on ne sait pas exactement. »

Les enfants atteints de méningite ne peuvent pas toujours être traités dans leur communauté, et doivent donc être évacués d’urgence vers des hôpitaux, où on leur administre pendant des semaines des antibiotiques intraveineux.

« On parle donc d’enfants et de familles déplacés dans des endroits éloignés de tout support communautaire habituel, mentionne le médecin. Et ça ne s’arrête pas là : la méningite a un impact à long terme sur le développement de l’enfant, ce qui entraîne d’autres allers-retours pendant des années. L’impact est immédiat et à long terme. »

Le développement du vaccin

L’équipe de recherche de Dr Raymond Tsang, elle aussi située à Winnipeg, a identifié la bactérie Hia de type A, celle qui est responsable des cas analysés.

Son équipe a isolé la partie de la bactérie la plus vulnérable et l’a envoyée au Conseil national de recherches Canada à Ottawa, où les scientifiques ont développé un vaccin, dont l'efficacité a été testée avec succès sur des souris et des lapins.

Les antibiotiques peuvent traiter les infections à la bactérie Hia de type A, mais c’est le premier vaccin développé pour les prévenir. Un vaccin pour contrer la méningite de type B a aussi été efficace dans le passé, entraînant la quasi-disparition de la maladie. Mais cette protection croisée n'existait pas encore dans le cas de la bactérie de type A.

Un vaccin en attente de financement

Le Conseil national de recherches Canada à Ottawa a attribué à une firme de Vancouver, InventVacc Biologicals Inc., le permis pour la fabrication du vaccin. La technologie reste la propriété du gouvernement canadien. InventVacc Biologicals Inc. cherche du financement pour mener des études cliniques.

« Puisque c’est seulement une population niche qui souffre de cette maladie, les grosses entreprises pharmaceutiques ne sont pas intéressées, malheureusement, parce qu’elles ne feraient pas beaucoup d’argent », explique Andrew Cox, agent de recherche senior au Conseil national de recherches Canada à Ottawa.

« Nous ne sommes pas des rats »

Les leaders autochtones se disent ouverts à toute solution qui améliorera la santé et la qualité de vie des communautés du Nord. Ils veulent aussi être consultés sur les études cliniques qui auraient lieu dans leur communauté.

John Clarke, le chef de la Première Nation de Barren Lands dans le nord du Manitoba, espère que le vaccin sera testé et approuvé pour l’utilisation par des humains avant qu’il ne soit envoyé dans des communautés comme la sienne.

« La prévention est toujours importante, mais on n’est pas des rats. On est du Grand Nord, notre système de santé n’est pas toujours bon, mais ça ne veut pas dire qu’ils devraient nous envoyer n’importe quoi », dit-il.

« Main dans la main »

Andrew Cox se fait rassurant quant aux essais cliniques dans les communautés autochtones. « On va travailler main dans la main avec eux, avec leur soutien et avec leurs connaissances », dit-il.

« Aucun essai dans des communautés autochtones n’aura lieu sans qu'elles en expriment l'intérêt et sans leur contribution dans la conception des essais cliniques, précise Santé Canada dans une déclaration. De plus, les essais vont respecter les directives éthiques pour des études de recherche qui ont une influence sur les communautés des Premières Nations. »

S’il est approuvé par Santé Canada, le vaccin pourrait être disponible au Canada en 2022. Il serait administré aux enfants de moins d'un an lors de leurs premiers vaccins.

Avec des informations de CBC