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Nouvelles méthodes de dépistage du VIH conçues à Winnipeg

Un Canadien sur cinq infecté par le VIH l'ignore, un constat qui pousse les scientifiques à rendre plus accessibles les méthodes de dépistage. Au Laboratoire national de VIH et de rétrovirologie de Winnipeg, des chercheurs travaillent à l'élaboration d'une méthode plus efficace pour effectuer des tests plus rapidement, notamment auprès des Autochtones dans les communautés isolées.

« Les comportements associés à la transmission du VIH sont fortement stigmatisés et cela peut faire en sorte que certaines personnes ne veulent pas se présenter et subir un test », affirme le directeur du Laboratoire national de VIH et de rétrovirologie de Winnipeg, Paul Sandstrom. « Nous ne pouvons pas nous contenter d'attendre qu'un échantillon arrive au laboratoire. Nous avons dû trouver de nouvelles stratégies pour intéresser la communauté et les individus au sein de la communauté; cela revient à apporter le laboratoire sur le terrain. »

À l'occasion de la Journée mondiale du sida le 1er décembre, l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) souligne qu'il y a une nouvelle infection au VIH au Canada toutes les trois heures.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 2 millions de personnes ont été infectées par le VIH en 2016. La moitié d'entre elles sont mortes. Il y avait environ 36,7 millions de personnes proteuses du VIH à la fin de l'année dernière.

L'objectif des Nations unies est d'éradiquer l'épidémie du sida d'ici 2030. L'organisme a pour cela établi des cibles à atteindre d'ici 2020 :

- 90 % de tous les malades porteurs du VIH connaîtront leur état de santé- 90 % de toutes les personnes chez qui le VIH a été diagnostiqué recevront une thérapie antirétrovirale soutenue.- 90 % des patients qui suivront une thérapie antirétrovirale seront débarrassés du virus.

L'ONU estime que trop de gens sont laissés pour compte, notamment des jeunes femmes et des jeunes filles, des travailleurs du sexe, des prisonniers, des hommes gais, des personnes transgenres et des consommateurs de drogues injectables.

Ce n'est d'ailleurs pas seulement le cas en Afrique subsaharienne.

« Cela reste un problème au Canada, l'épidémie n'est pas terminée, il y a encore des personnes à risque, il y a encore des populations qui sont plus vulnérables au Canada et il y a encore des personnes qui n'ont pas reçu de diagnostic », prévient le Dr Paul Sandstrom. « Nous essayons de nous rapprocher de la communauté d'une manière appropriée sur le plan culturel. Nous essayons de normaliser les tests, car ils ne sont pas nécessairement associés à un comportement particulier. »

Formation de personnel dans les communautés isolées

L'un des projets de l'Agence de la santé publique du Canada consiste à former des personnes dans les collectivités éloignées pour recueillir le sang de façon appropriée sur le plan culturel, en utilisant une technique non invasive connue sous le nom de collecte de sang séché.

Il s'agit de piquer le bout d'un doigt et de déposer une goutte de sang sur chacun des cinq cercles d'une carte.

Une fois que le sang est sec, il est considéré comme non infectieux et peut être envoyé au laboratoire.

« Il n'est pas nécessaire d'être infirmière pour utiliser cette technique, et il n'est pas nécessaire d'apprendre à prélever du sang à l'aide d'une aiguille », explique John Kim, chef du Laboratoire national de services de référence pour le VIH.

L'équipe de M. Kim enseigne aux travailleurs de la santé communautaire des communautés des Premières Nations comment recueillir le sang et former les autres à faire de même.

« Même si une deuxième personne collecte le sang, personne ne connaît les résultats du test. Cela donne le temps à l'individu de se préparer si le résultat est négatif ou positif. C'est particulièrement important dans une région reculée où le fait que tout le monde se connaît peut être un facteur important pour ne pas vouloir subir de test », explique le Dr Kim.

Dans certains cas cependant, les agents de santé publique et les patients veulent des résultats plus rapides afin de pouvoir commencer un traitement rapidement, surtout si le patient est en transit ou un sans-abri.

Les chercheurs de l'ASPC mettent donc à l'essai une nouvelle technologie de diagnostic. Il s'agit d'un appareil un peu plus grand qu'un grille-pain qui peut être envoyé dans des cliniques et des centres d'échange de seringues ou d'injection supervisée dans les grandes villes et les collectivités éloignées.

Il est simple à utiliser, fonctionne à partir d'une batterie de voiture ou de l'énergie solaire et est assez robuste pour être utilisé dans des endroits qui ne peuvent pas recevoir les machines sophistiquées utilisées dans la plupart des laboratoires.

« Avec ces appareils, nous pouvons tester le sang du bébé pour la présence du VIH, savoir dans l'heure si le bébé est infecté ou pas. Si le bébé est traité de manière appropriée tout de suite, il va plus que probablement avoir une vie longue et en bonne santé », explique le chef du Laboratoire national d'immunologie du VIH, Bruce Ball. Il évalue la nouvelle technologie et propose un plan pour la déployer.

« Nous avons quelques projets pilotes sur le point de démarrer au cours des prochains mois et nous nous rapprochons des communautés pour savoir comment ils pourront fonctionner dans le contexte canadien », dit-il.

Approche bien accueillie dans les communautés autochtones

L'approche est applaudie par certains dirigeants autochtones, qui affirment qu'il y a des problèmes continus d'accès médiocre, de stigmatisation, de discrimination et de lacunes dans le service et le financement.

« Sur la question du VIH, surtout, nous accueillons toute initiative menée sur le terrain dans les communautés pour aborder les tabous et les préjugés, et apporter à nos gens ce dont ils ont besoin », affirme Sheila North Wilson, chef de l'organisation Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO), qui représente 30 Premières Nations du nord du Manitoba.

Avec des informations de Karen Pauls, CBC News.

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