Une chercheuse de l'Université de Montréal s'emploie à cerner la pensée des délinquants sexuels et des pédophiles qui sévissent sur le Web afin de mieux comprendre le passage à l'acte chez certains d'entre eux et, surtout, de le prévenir.

Un texte de Joëlle Girard

Sarah Paquette, étudiante au doctorat en psychologie, a développé, en collaboration avec la professeure de l’École de criminologie de l’Université de Montréal Franca Cortoni, un outil de dépistage des pensées déviantes chez les délinquants sexuels sous la forme d'un questionnaire.

Mme Paquette s’est notamment basée sur 60 interrogatoires menés par la Sûreté du Québec avec des hommes condamnés pour usage de pornographie infantile, leurre d’enfants ou infractions mixtes.

Elle en a dégagé 31 affirmations sur lesquelles les répondants doivent donner leur opinion, allant de 1, qui signifie « totalement en désaccord », à 4, qui signifie « totalement en accord ».

L’objectif du questionnaire est d'évaluer les croyances qui sont problématiques chez les cyberdélinquants sexuels afin de mieux cibler les candidats qui pourraient vouloir passer à l'acte.

Minimiser la portée des gestes

Au cours des trois dernières années, Sarah Paquette a validé son questionnaire auprès de personnes condamnées au Québec pour délits sexuels sur des mineurs. Sa recherche lui a permis d’établir que les délinquants sexuels se forgent des « théories implicites » de différente nature, dont la plupart minimisent la portée de leur geste.

Parmi ces théories se trouve celle de l’« enfant sexuel », selon laquelle les enfants prennent plaisir plus qu’on ne le pense à des jeux sexuels avec des adultes; ils aiment même avoir un partenaire mature pour les initier à ces jeux.

Selon la chercheuse, les deux tiers des délinquants interrogés adhèrent à cette croyance.

Elle a également constaté que 9 délinquants sexuels sur 10 considèrent que « la réalité virtuelle n’est pas la réalité ».

Mieux prévenir le passage à l'acte

En identifiant ces fausses croyances, le questionnaire de Sarah Paquette aide à mieux cerner les étapes du passage à l’acte chez les pédophiles.

À terme, ce type d’étude pourrait rendre le travail policier plus efficace en permettant d'identifier les cyberdélinquants sexuels les plus dangereux, soit ceux qui risquent de passer à l’acte.

Les résultats de cette recherche seront publiés dans la revue Sexual Abuse.