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Peut-on dormir en sécurité près de notre cellulaire?

Il y a quelques semaines, un article sur un site populaire de santé avisait la population que de dormir avec son cellulaire à proximité est mauvais pour la santé. Qu'en est-il vraiment?

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

J'ai trouvé explications et réponses auprès d'un expert des ondes, Thomas Gervais, ingénieur en génies physique et biomédical de l'École polytechnique de Montréal. En comprenant mieux ce que sont les ondes cellulaires, on arrive plus facilement à chasser ces craintes et à repousser ces avertissements inutiles.

LES EXPLICATIONS

Photo : Wikimédia

Le spectre électromagnétique

Les ondes qui sont émises par nos cellulaires font partie du large spectre électromagnétique, au même titre que la lumière visible, les micro-ondes, les rayons X, UV ou infrarouges. Cependant, selon la fréquence, les dangers diffèrent.

Comme l'indique l'illustration, on peut diviser ce spectre en deux parties : dans les plus hautes fréquences se trouvent les rayonnements ionisants, alors qu'aux plus basses fréquences correspondent les rayonnements non ionisants, dont fait partie intégrante le mince spectre de lumière visible à nos yeux. Toutes ces ondes électromagnétiques ont une énergie différente selon la fréquence.

Les rayonnements ionisants

Aux fréquences des rayonnements ionisants (UV, X ou Gamma), l'énergie est suffisante pour briser les molécules de notre corps, pour créer des lésions dans l'ADN ou des mutations génétiques. Ils sont considérés comme étant dangereux pour la santé, carrément cancérigènes.

Pourtant, on les utilise en médecine, parce que leurs avantages sont supérieurs aux risques qu'ils entraînent. Par exemple, en médecine nucléaire, les tomoscintigraphies par émission de positrons (plus communément appelées TEP ou PET scan en anglais) utilisent les rayons gamma. Mais puisqu'ils sont efficaces pour détecter une maladie, on les emploie avec précaution, en minimisant les expositions.

Les rayonnements non ionisants

Du côté des basses fréquences se trouvent les infrarouges, les micro-ondes et les radiofréquences, celles-là mêmes qu'émettent nos cellulaires. Toutes ces ondes ont des énergies des milliers de fois en dessous de l'énergie moyenne que les atomes ont déjà dans notre corps, en raison de la chaleur que nous dégageons. Donc, ces ondes ne sont pas dangereuses pour la santé. Cependant, en raison d'une élévation de la température, elles peuvent brûler la peau ou les tissus.

Imaginez qu'on arrive à mettre la main à l'intérieur d'un four à micro-ondes en fonctionnement. On se brûlerait assurément, mais nos cellules ne seraient pas cancéreuses pour autant. Les ondes émises par ce type de four sont dans la même plage que celles de nos téléphones cellulaires.

Ce qu'en dit l'OMS

De nombreuses études menées par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui dépend de l'Organisation mondiale de la santé, ont permis de classifier les différents rayonnements selon les dangers qu'ils représentent pour notre santé.Elles se font rassurantes quand il s'agit des ondes émises par nos cellulaires : on ne peut pas éliminer hors de tout doute la possibilité qu'elles ne soient pas cancérigènes, mais les chances sont très, très faibles.

Les trois principales classes sont :

  • Groupe 1 : cancérogène 
    On y retrouve des agents qui sont prouvés hors de tout doute comme étant cancérigènes pour l'homme, dont le tabac, la pollution extérieure, le plutonium, les rayons X et gamma, le Soleil et les UV. La viande transformée a été récemment ajoutée à la liste.
  • Groupe 2A : probablement cancérogène 
    Ces agents augmentent fort probablement le risque de cancer, dont les dérivés inorganiques du plomb, les stéroïdes anabolisants, et un tout nouveau : la viande rouge.
  • Groupe 2B : possiblement cancérogène 
    C'est dans ce groupe que se retrouvent les ondes cellulaires, les radiofréquences, le café et les cornichons marinés. Surprenant, non?

Faut-il pour autant s'interdire de boire du café, de manger des cornichons ou d'utiliser un cellulaire, parce que c'est possiblement cancérigène? Le fait de consommer de la viande rouge ne nous donnera pas le cancer, mais disons que cela augmente les risques.

LES RÉPONSES

Sachant cela, est-il dangereux de vivre à proximité d'un cellulaire? D'entrée de jeu, Thomas Gervais me répond que, d'après ce qu'en sait la science jusqu'à maintenant, non. Mais il ajoute une analogie qui permet de comprendre que la science peut difficilement prouver hors de tout doute qu'une chose n'existe pas.

Dormir avec notre cellulaire

Il n'est pas mauvais pour la santé de laisser notre cellulaire sur la table de chevet pendant la nuit. Contrairement à ce qu'on pourrait le croire, il n'émet pas d'ondes en permanence. Seules quelques impulsions lui permettent de se synchroniser avec l'antenne. La dose de radiofréquences émises est donc négligeable.

Tout près...

Quand on est à environ un mètre d'une personne qui parle au cellulaire, par exemple, en transport en commun, la dose reçue est minime; de 1 000 à 100 000 fois en dessous des normes canadiennes.

Greffé sur l'oreille...

Si l'on porte cet appareil intelligent sur l'oreille 24 heures sur 24, la quantité d'ondes reçues est plus grande, mais pas dangereuse pour autant. L'exposition aux radiofréquences est proportionnelle à deux facteurs : la puissance de l'antenne qui émet et sa proximité avec notre corps. Primo, la puissance d'une antenne cellulaire est très faible : 1 ou 2 watts, ce qui équivaut à un millième de celle d'un four à micro-ondes. Secundo, elle est collée sur notre peau.

Imaginons un scénario extrême, c'est-à-dire qu'on parle au cellulaire dans une zone rurale où notre téléphone doit émettre à puissance maximale pour rejoindre les antennes. On sera quand même en sécurité, car l'exposition se situera entre 50 % et 100 % de la norme canadienne.

Morale de cette histoire : le cellulaire est un petit radiotransmetteur qui émet des énergies trop faibles pour endommager notre ADN. Cependant, il peut causer des brûlures, d'au plus 0,2°C. On peut donc partager notre chambre à coucher avec lui, en sécurité.

Merci à Thomas Gervais pour ses explications très éclairantes.

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