Cette période de beau temps qu'on espère chaque automne survient à un moment où l'on avait presque oublié le temps chaud de l'été. Mais de quoi s'agit-il exactement? 

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

L'été des Indiens, phénomène climatique aléatoire qui relève du folklore, se présente entre le début d'octobre et la mi-novembre dans l'hémisphère nord. Il peut durer quelques jours ou plus d'une semaine ou ne pas arriver du tout.

Pour être ainsi nommée, la période de redoux doit absolument voir lieu après un premier gel. Ensuite, elle doit répondre à certains critères « officiels » pendant au moins trois jours consécutifs :

  • du temps ensoleillé;
  • très peu de précipitations (moins de 5 mm par jour);
  • des températures diurnes dépassant la normale de 5 °C, alors qu'elles peuvent être près des normales pendant la nuit;
  • un peu ou pas du tout de brume matinale;
  • des vents légers.

Météorologiquement parlant

Ce temps doux se présente habituellement lorsqu'un anticyclone s'installe sur l'est des États-Unis. La circulation des vents étant dans le sens horaire autour de cette zone de haute pression, ce qui amène un flux d'air du sud-ouest qui persiste quelques jours et entraîne la chaleur et l'humidité des États du sud américain vers le nord.

La brume ou le brouillard matinal s'explique parce que cet air chaud et humide entre en contact avec l'air frisquet des nuits d'automne, provoquant de la condensation au sol, donc du brouillard, qui se dissipe toutefois quelques heures après le lever du soleil.

L'été des Indiens n'est pas que positif

Même s'il plaît à plusieurs, cet été des Indiens peut occasionner une augmentation de la pollution urbaine, car l'absence de vents et l'inversion des températures empêchent la dispersion atmosphérique des polluants. C'est ce qui s'est produit, entre le 26 et le 31 octobre 1948 à Donora, en Pennsylvanie. L'air froid coincé sous l'air plus chaud en altitude a créé un smog dense et persistant et a causé la mort d'une vingtaine de personnes.

Une autre conséquence fâcheuse de cette période de temps doux et sans vents est la menace de feux de forêt qui est augmentée par le fait que le sol est asséché par la chaleur de l'été et recouvert par les feuilles d'automne qui sont, parfois elles aussi, très sèches.

Des données marquantes

À Montréal, l'été des Indiens le plus tardif s'est produit du 18 au 20 novembre 1953.

Au Québec, en moyenne, une année sur deux bénéficiera d'un été des Indiens. Et une année sur quatre, il y en aura deux. Avec de la chance - comme si elle avait quelque chose à voir avec la fréquence de ce phénomène! -, 1 année sur 25, 3 étés des Indiens se produiront! Ce fut le cas en 1963 à Montréal.

À Sherbrooke, du 11 au 18 octobre 1947, la température moyenne était de 23,5 °C et le 17, le mercure a atteint le record de 28 °C. Toujours dans cette ville des Cantons de l'Est, a eu lieu le plus long été des Indiens : du 24 septembre au 3 octobre 1970. Dix jours de redoux après un gel! 

À Ottawa et à Sherbrooke, il y a eu deux étés des Indiens en 2008.

Il est rare que l'Ouest canadien vive un été des Indiens. C'est arrivé à Edmonton autour du 23 novembre 2005, et un record a même été enregistré le 22 novembre : 22 °C!

Un peu d'histoire : été des Indiens, des Amérindiens, des Premières Nations...

La première fois que l'appellation d'Indian Summer a été utilisée officiellement, c'était dans le livre Letters from an American Farmer, écrit vers les années 1780, par un soldat américano-normand, John Hector St. John de Crèvecoeur. En voici l'extrait dans la langue de Shakespeare :

« Then a severe frost succeeds which prepares it to receive the voluminous coat of snow which is soon to follow; though it is often preceded by a short interval of smoke and mildness, called the Indian Summer. »

Cette période de redoux faisait toutefois déjà partie des conversations dans les États de la Pennsylvanie et de New York, puis s'est rendue dans la région de la Nouvelle-Angleterre. C'est vers 1820 que ce terme est arrivé au Canada, où il est devenu l'été des Indiens pour les francophones.

Puis, il a traversé l'Atlantique pour atteindre l'Angleterre vers le milieu du 19e siècle, mais n'a été utilisé dans le quotidien que vers les années 1950.

Au fil du temps, plusieurs hypothèses tentent d'expliquer l'origine de cette appellation :

  • les marins anglais, voyageant d'une mer à l'autre, avaient remarqué une ressemblance entre notre temps d'automne et celui observé aux Indes pendant l'été, d'où le nom d' été des Indiens;
  • les premiers Blancs se méprenaient sur la lumière des rayons solaires qui passait à travers cette brume automnale et l'attribuaient à des incendies de forêt allumés par les Amérindiens dans les Prairies, au-delà des Grands Lacs;
  • cette dernière explication a été cependant rejetée par l'auteure canadienne-anglaise Catharine Parr Traill dans l'un de ses récits décrivant sa vie de pionnière au Canada dans les années 1830. Elle prétendait plutôt que la chaleur venait de la fermentation des végétaux des vastes forêts canadiennes en cette période de l'année. Elle avait d'ailleurs prédit que plus le Canada se peuplerait, moins le phénomène serait important, ajoutant : « Selon les gens qui habitent depuis longtemps ce continent américain, la différence est déjà observable. » Elle semblait aussi déçue, car avec les charmantes descriptions qu'on lui en avait faites, elle s'attendait à « tellement plus que des journées brumeuses, étouffantes avec un vent qui dénude les arbres »;
  • et finalement, l'hypothèse probablement la plus plausible est que les Indiens nomades profitaient de ce temps clément et sans précipitations pour terminer leurs récoltes, garnir leurs habitations de provisions et se préparer en vue de l'hiver. Ils fermaient leurs campements d'été près des cours d'eau et remontaient vers leurs territoires en forêt où la chasse au grand gibier les occuperait pendant la saison froide.

De l'été de la Saint-Luc à celui des bonnes femmes

Ce moment de redoux pendant l'automne est aussi constaté dans l'hémisphère sud, où il est moins documenté, et dans les pays européens dont le climat est tempéré. Selon le pays, l'été des Indiens porte d'autres noms faisant allusion à un élément culturel, religieux ou folklorique :

  • En France, en Italie et au Portugal, on parlera de l'été de la Saint-Martin en l'honneur du jour de saint Martin le 11 novembre.
  • En Belgique, c'est l'été de la Saint-Denis (9 octobre) ou celui de la Sainte-Thérèse (15 octobre).
  • En Bretagne, la végétation est inspirante : c'est l'été des fougères, car elles prennent alors de belles teintes rousses et jaunes.
  • Dans plusieurs pays slaves, c'est l'été de l'aïeule ou des bonnes femmes.
  • Une légende suédoise parle de l'été de la Toussaint (en référence au 1er novembre).
  • En Angleterre, en plus d'avoir adopté l'expression américaine, on dit aussi été de la Saint-Luc (18 octobre).
  • Finalement, certains, comme Shakespeare dans Henry IV, le surnomment All Hallown Summer, en référence à la transition de la fin d'octobre qui mène au 1er novembre.

Un article paru dans le magazine News de la BBC en septembre 2011 indiquait que, de moins en moins, on utilisait l'appellation « été des Indiens », probablement en raison de la rectitude politique. Cependant, appeler le phénomène « été des Indiens d'Amérique » me semble moins propice à un texte de chanson... qui devient un ver d'oreille dès qu'on l'entend. Je parle bien sûr de L'été indien, chanson interprétée par Joe Dassin en 1975.