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Prédire les tremblements de terre tout en produisant de l’électricité

Des chercheurs ont foré le sol de la Nouvelle-Zélande à des centaines de mètres de profondeur en quête d'indices permettant de mieux prévoir les séismes. Ce faisant, ils ont peut-être aussi découvert une nouvelle source d'énergie géothermale.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Les tremblements de terre sont des événements particulièrement difficiles à prédire. Ils présentent malgré tout une certaine régularité, surtout près des lignes de faille, à la jonction des plaques tectoniques.

L’exemple le plus connu est la faille de San Andreas, en Californie, à la frontière entre la plaque pacifique et la plaque nord-américaine. Cette région sera éventuellement frappée par un important tremblement de terre, mais on ne sait pas précisément quand.

Des équipes de recherche creuseront au cœur des lignes de faille afin de mieux comprendre la mécanique des tremblements de terre. Observer une faille en préparation est difficile et, trop souvent, elles ne sont étudiées qu’après un tremblement de terre alors que le gros des forces a été relâché.

Creuser au cœur de la bête

Il existe quand même certains endroits où l'on sait qu’un tremblement de terre est inévitable. L’un d’eux est la faille alpine, en Nouvelle-Zélande, un point de contact de 650 kilomètres entre la plaque pacifique et la plaque australienne, qui longe l'île du Sud. Il est estimé qu’elle entraîne un tremblement de terre de magnitude 8 et plus selon un cycle d’environ 300 ans.

Même si la Nouvelle-Zélande a connu plusieurs tremblements de terre, la dernière fois qu’un événement d’une telle ampleur s’est produit se situerait autour de 1717. Plusieurs estiment donc que nous approchons de la fin de ce cycle.

Selon l’étude publiée dans Nature, l’équipe a foré à 893 mètres de profondeur, dans la ligne de faille. La première chose observée est une chaleur anormale : la température ambiante y augmentait au rythme de 15 degrés Celsius par 100 mètres forés. En dehors des zones volcaniques, le rythme est plutôt de 3 degrés Celsius pour chaque 100 mètres.À ce rythme, les chercheurs ont enregistré des températures proches du point d’ébullition de l’eau entre 600 et 700 mètres, ce qui n’est normalement pas le cas avant 3 kilomètres de profondeur. La pression y est toutefois assez forte pour empêcher la transformation de l’eau en gaz et maintenir le liquide brûlant sous terre.

Cette ligne est un point où l’énergie s’accumule pour pousser les montagnes vers le haut; la chaleur y est amenée des profondeurs de la terre ou engendrée par la friction entre les roches en mouvement. Suivre l’évolution de cette température pourrait donc permettre l’élaboration d’un modèle qui aiderait à mieux comprendre les conditions précédant un tremblement de terre majeur.

Joindre l’utile… au profitable!

La chaleur découverte par les chercheurs pourrait aussi avoir une application plus directe : produire de l’énergie. Les centrales qui utilisent l’énergie géothermique font tourner leurs turbines directement grâce à la vapeur d’eau produite par la chaleur souterraine. La Nouvelle-Zélande aurait donc un potentiel géothermique insoupçonné le long de cette faille.

S’il est possible de l’exploiter de façon sécuritaire, il s’agirait d’une source d’énergie propre et renouvelable pour toutes les communautés vivant à proximité des lignes de faille.

Présentement, il n’est pas possible d’être certain que ce principe soit universel; des équipes ont aussi déjà creusé près de la faille de San Andreas sans constater pareille hausse de température. Il faudra d’autres études pour vérifier si le phénomène est spécifique à la Nouvelle-Zélande ou s'il est différent en Californie.

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