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Préparez-vous à une hausse des turbulences en vol

Les effets des changements climatiques ne se manifesteront pas qu'au niveau du sol. Des chercheurs ont calculé que le nombre et la force des zones de turbulences rencontrées par les avions connaîtront une forte hausse d'ici 2050, au grand malheur de ceux qui ont déjà peur d'embarquer dans un avion.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Si la production de CO2 se poursuit au rythme actuel, d’ici les 30 prochaines années, les incidents causés par les turbulences les plus dangereuses risquent même de tripler. Ce constat pour le moins alarmant a été publié dans la revue Advances in Atmospheric Sciences par l’équipe du Dr Paul Williams de l’Université de Reading.

Ce n’est pas la première intervention faite par ce chercheur sur le sujet, mais, pour la première fois, on a modélisé avec précision les hausses de tous les types de turbulences dans une région précise.

La grande majorité du temps, les turbulences n’engendrent qu’un léger inconfort et forcent les passagers à boucler leur ceinture pendant quelques minutes. Mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, en décembre 2015, un avion d’Air Canada s’est posé d’urgence à Calgary quand une zone de turbulences imprévue a fait 21 blessés à bord.

Comprendre l’imprévisible

Il existe quatre types de turbulences, allant de légères, où l’avion peut osciller sur une distance d’un mètre et qui ne comportent aucun danger pour l’appareil, à extrêmes, où peuvent se produire des oscillations de plus de 30 mètres pouvant causer de sérieux dommages ou même une perte de contrôle de l’avion.

Bien qu'elles puissent être causées par une météo orageuse, les turbulences les plus difficiles à prévoir surviennent dans un ciel clair et sans nuages.

L’air et le vent peuvent nous paraître unis, mais ils se déplacent en couches. Quand des masses d’air se déplacent à des vitesses ou des directions différentes l’une par rapport à l’autre, l’avion peut être frappé par des vents à des moments imprévus.

Les changements dans les masses d’air surviennent souvent en haute altitude, près des courants-jets. Ces corridors de vent tournent autour de la Terre à des centaines de kilomètres à l'heure et séparent les zones de différentes températures.

Attachez votre ceinture…

Les effets des changements climatiques sur les courants-jets sont connus, mais qu’en est-il de leur effet sur les turbulences qui les accompagnent?

Pour vérifier, le Dr Williams s’est servi de 21 paramètres influant sur la force des turbulences et a vérifié l’impact d’un taux de CO2 deux fois plus élevé qu’au niveau préindustriel (270 ppm) sur les vols transatlantiques en hiver. Si le rythme actuel d’émissions de gaz à effet de serre (GES) se maintient, ce taux devrait être atteint d’ici 2050.

Les résultats indiquent une hausse des risques de turbulences légères de 59 %, légères à modérées de 75 %, modérées de 94 %, modérées à sévères de 127 %, et sévères de 149 %. Les turbulences extrêmes sont toutefois tellement rares qu’il n’a pas été possible de les modéliser.

Heureusement, les avions sont déjà équipés pour faire face à ces turbulences, mais cette hausse peut quand même avoir des répercussions sur la durée des vols, les détours et la sécurité des passagers.

Outre les efforts pour s’attaquer aux causes des changements climatiques, une solution serait le développement de nouveaux radars. Certains modèles pourraient permettre de détecter les changements de densité de l’air devant un appareil et préviendraient de l’arrivée de turbulences.

Entre-temps, les chercheurs s’affairent à vérifier les effets des changements climatiques sur d’autres routes aériennes afin de rapidement savoir comment s’adapter à un monde en pleine transformation.

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