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Printemps précoce, hiver qui traîne : qu’en pensent nos végétaux?

Ressentez-vous, comme moi, une inquiétude pour vos plantes? Après les quelques douces journées de mars où le printemps semblait s'installer reviennent des nuits sous zéro, avec en prime quelques centimètres de neige lourde.

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

J'ai eu cette pensée en remarquant les feuilles de mes tulipes qui font déjà 10-12 cm de haut et mes crocus qui sont en fleurs, alors que je continue d'annoncer des températures nocturnes sous le point de congélation. Et les bourgeons qui poindront bientôt sur mes rhododendrons... Les nuits froides stopperont-elles leur croissance ou bousilleront-elles la floraison à venir?

Bulbes printaniers

Une discussion avec Luc Thériault, horticulteur au Jardin botanique de Montréal, m'a rassurée. Il m'explique que les périodes de froid qui reviennent après une douceur de quelques jours ne font qu'interrompre temporairement la croissance amorcée.

De toute façon, concernant les bulbes de tulipes, leur croissance a déjà commencé en février, bien qu'ils soient enfouis sous une bonne couche de neige. Actuellement, des nuits à -5 ou -10 degrés Celsius peuvent brunir ou jaunir le feuillage, mais leur développement se poursuivra. Ces bulbes sont habitués à combattre les écarts de température.

Cependant, concernant les bulbes très printaniers comme les crocus ou les perce-neige, si leurs fleurs ont profité des douces journées de mars pour s'épanouir, il se peut que le retour des températures avoisinant -10 degrés Celsius stoppe la floraison en cours. Mais aucun dommage ne sera fait aux bulbes, qui refleuriront l'an prochain.

Arbres fruitiers ou non

Tant qu'à y être, je me suis aussi inquiétée de la santé de mon pommier et de mes rhododendrons. Résisteront-ils aussi bien aux alternances de gel et de dégel?

Pour ces espèces, le problème n'est pas présent aujourd'hui, mais le sera peut-être dans quelques semaines, alors que la sève circulera aisément et que les bourgeons auront commencé à éclore.

Des nuits à -5 degrés Celsius en mai, ne serait-ce qu'une seule, mais qui se produirait à une étape critique pendant le début de la floraison, et la production des fruits de la saison en serait finie. Dès qu'ils ouvrent, les bourgeons perdent leur résistance au froid et ceux à fleurs sont beaucoup plus fragiles que ceux à feuilles. Donc, si le froid vient geler le système reproducteur des arbres fruitiers, les arbres eux-mêmes survivront, leurs feuilles pousseront, mais les fruits n'arriveront pas à maturité.

Par contre, il ne faut pas s'inquiéter outre mesure pour les arbres ou arbustes non fruitiers : le gel printanier équivaut à une taille trop sévère, trop hâtive. Souvent, les bourgeons qui sont dormants plus bas sur les branches prennent le relais des bourgeons déjà débourrés situés plus haut. Les quelques dommages seront donc rapidement corrigés par la croissance du plant, durant la saison.

Les conifères et les arbres à feuillage persistant

Pour que ces espèces passent bien l'hiver, il est crucial de les arroser abondamment à l'automne, et ce, jusqu'aux premiers gels permanents.

Le jute et les cônes en styromousse protègent du soleil et du vent, mais le matériau ne doit pas toucher le feuillage ou les aiguilles, car il aspirerait une partie de l'humidité, accentuant l'effet de dessèchement.

La neige qu'on tapisse en bonne quantité au pied et sur une partie du plant demeure l'isolant le plus efficace contre les rigueurs de nos hivers. D'ailleurs, plus ils seront ensoleillés, venteux et froids, plus grande sera la déshydratation des aiguilles des conifères. Roussies, elles tomberont au printemps, dégarnissant l'arbre par endroit, mais les bourgeons de l'année les remplaceront.

Climat

D'année en année, les horticulteurs constatent que les dommages faits aux végétaux sont surtout causés par les grandes variations de température. Alors que le développement de certaines espèces d'arbres ou d'arbustes semble affecté pour le meilleur ou parfois pour le pire, chez d'autres espèces, il n'y a aucun effet visible sur leur croissance et leur floraison.

Depuis quelques années, il n'est pas rare de noter des saisons hors normes : des printemps très hâtifs, suivis de gelées tardives ou encore de doux automnes qui s'étirent, suivis du froid soudain.

M. Thériault me racontait justement qu'il avait hâte de voir le comportement d'une variété de spirées qui a complètement été bernée par le doux climat de la fin de 2015. L'arbuste a commencé son nouveau cycle de croissance en décembre dernier, avec la pousse du feuillage qui aurait normalement dû se faire ce printemps. Évidemment, le froid a fini par arriver et son feuillage a gelé. Le plant survivra-t-il?

Choix des végétaux pour notre patelin

Il est important d'être vigilant quand vient le temps de choisir les plantes qui garniront nos jardins. Avec les variations climatiques de plus en plus marquées, il vaut mieux opter pour des végétaux qui sont dans des zones de rusticité plus froides que notre région. Par exemple, à Montréal, la zone est 5. Donc, pour s'assurer qu'elles résistent mieux au climat, il faudra choisir des plantes de zones 4 ou même 3. Parce qu'on ne connaît pas l'avenir.

J'ai terminé mon entretien avec Luc Thériault en lui posant une question personnelle, mais dont la réponse vous servira peut-être.

La réponse de l'horticulteur : « Habituellement en mars, même s'il fait encore autour de -5. Idéalement, aussitôt que la neige est assez fondue et que les températures de -15 ou -20 sont chose du passé. Si ce n'est pas déjà fait, ça urge, car le chaud soleil hausse la température sous le cône et provoque un débourrement trop rapide des bourgeons qui seront alors fragilisés. »

Vous comprendrez que j'ai aussitôt libéré mes plantes pour qu'elles puissent profiter de ce printemps qui va bien finir par s'installer pour de bon!

Merci à Luc Thériault, horticulteur au Jardin botanique de Montréal, pour ces renseignements.

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