Un groupe de chercheurs européens a transformé la vie d'un jeune garçon atteint d'une maladie de peau extrêmement grave, une première dans l'univers de la thérapie génique.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

L’histoire commence en Allemagne, en 2013. Les membres de la famille du petit Hassan sont des réfugiés syriens qui viennent d’arriver en Europe. Toutefois, les violences de la guerre ne sont pas les seules horreurs qu’ils ont eu à endurer.

Hassan a besoin d’aide médicale. Il souffre d’épidermolyse bulleuse. On surnomme les personnes qui en sont atteintes « les enfants papillons », car leur peau est aussi fragile que les ailes de ces insectes.

Un simple contact suffit pour que la peau forme de douloureuses cloques et se détache. Les personnes atteintes meurent, dans l’enfance ou à l’aube de l’âge adulte, des suites de leurs plaies qui ne guérissent jamais, un peu comme les grands brûlés.

La peau, protection essentielle

Cette maladie est causée par une absence de connexions entre les trois grandes couches qui composent la peau. Il y a d’abord l’épiderme, la surface que l'on voit, composé de cellules mortes ainsi que d’autres appelées kératinocytes, dont le rôle est de nous isoler du monde extérieur.

Il y a ensuite le derme, l’endroit où se trouvent les structures fonctionnelles telles que les vaisseaux sanguins, les nerfs, les glandes sudoripares ou la base des poils. Finalement, en profondeur se trouve l’hypoderme, qui est principalement composé de tissu adipeux.

Plusieurs mutations peuvent causer la maladie, mais, dans le cas de Hassan, la cause provient de l’absence d’un gène appelé LAMB3, qui produit une protéine qui attache le derme aux couches plus profondes.

Au moment de son hospitalisation, Hassan avait perdu jusqu’à 80 % de la peau à la surface de son corps. Même les greffes de peau prélevées sur son père avaient été rejetées.

En dernier recours, les médecins allemands de l’Université de la Ruhr ont collaboré avec des spécialistes de l’Université de Modène, en Italie. Ensemble, ils ont élaboré une thérapie génique pour corriger la mutation à la source de la maladie.

Thérapie génique de la dernière chance

Les chercheurs ont prélevé les dernières parties intactes de la peau de l’enfant et en ont isolé les cellules souches. Normalement, ces cellules renouvellent l’ensemble de notre peau chaque mois. En traitant cette population cellulaire, il serait possible de se retrouver avec une source presque illimitée de peau neuve.

À l’aide d’un virus modifié, ils ont inséré la séquence manquante dans ces cellules souches et les ont ensuite laissées se multiplier en laboratoire. Lorsqu’une quantité suffisante de peau a été produite de cette façon, l’équipe a commencé les greffes au cours de deux importantes opérations à la fin de 2015, puis d’autres interventions au printemps suivant.

Au cours de cette période, non seulement les greffes de peau ont bien pris chez l’enfant, mais les cellules souches ont agi exactement comme il le fallait : elles ont continué à produire de la peau neuve directement sur le corps du jeune Hassan, renouvelant tranquillement son épiderme chaque mois jusqu’à une guérison complète.

Deux années se sont maintenant écoulées depuis l’opération et le garçon va toujours bien, sa peau est intacte et il peut maintenant vivre comme n’importe quel autre enfant de son âge. L’étude de cas a depuis été publiée dans la revue Nature.

Des risques de cancer

Le seul élément négatif dans cette histoire est qu’Hassan a maintenant plus de risque de développer un cancer de la peau. C’est le principal problème des thérapies géniques : on ne peut pas garantir à 100 % que la séquence qu’on réintroduit se retrouve à la bonne place dans le génome.

Même si les virus employés modifient avec succès des centaines de millions de cellules souches, il ne faudrait qu’une erreur d’insertion dans une cellule pour semer les bases de ce qui pourrait se transformer en cancer plusieurs années plus tard.

Les cellules sont triées pour éliminer tout risque que ce type d’accident se produise, mais à l’heure actuelle, ce risque n’est pas nul. Toutefois, la méthode employée en valait la peine, car sans ce traitement, les soins palliatifs s’avéraient la seule option.

Les chercheurs espèrent que cette première pourrait servir d’exemple pour d’autres personnes atteintes de cette maladie soient traitées de la même manière à un plus jeune âge.

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