Après la mise au jour du logiciel espion qui a permis aux voitures Volkswagen de déjouer les tests d'émissions de gaz polluants, une question peut se poser : nos voitures sont-elles devenues trop intelligentes?

Un texte de Dominique Forget de l'émission Découverte

Les hauts dirigeants de Volkswagen ont eu beau s'excuser à l'occasion du Salon de l'auto de Détroit, ils ne se tireront pas si facilement d'affaire. Le fabricant allemand fait face à la justice américaine et pourrait payer des milliards de dollars en amendes pour avoir truqué des voitures diesel dans le but de déjouer les tests d'émissions polluantes.

La saga est loin d'être terminée. Aux États-Unis comme au Canada, les enquêtes se poursuivent afin de déterminer si d'autres manufacturiers ont triché. La tâche n'est pas mince.

Les voitures trafiquées par Volkswagen sont équipées d'un logiciel espion habilement dissimulé dans le code informatique de la voiture. Celui-ci détecte à quel moment le véhicule est soumis à un test d'émissions et modifie aussitôt le mode de fonctionnement du moteur, de façon à le rendre moins polluant.

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Pour faire la lumière sur ce logiciel tricheur, une équipe de l'émission Découverte s'est rendue chez PMG Technologies, un centre d'essais et de recherche automobile affilié à Transport Canada. Sur place, une équipe d'ingénieurs du Groupe PIT (une entreprise montréalaise spécialisée dans l'amélioration de la performance des véhicules routiers) a mis à l'essai une voiture Golf diesel.

Des voitures intelligentes

« Les tests d'émissions sont de plus en plus prévisibles », explique Yves Provencher, directeur du Groupe PIT. Dans un laboratoire comme ceux de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis ou celui d'Environnement Canada, la procédure est toujours la même : la voiture est montée sur un dynamomètre à rouleaux (qui ressemble à un tapis d'entraînement); un technicien appuie sur l'accélérateur sans toucher au volant; les roues motrices se mettent à tourner tandis que les autres roues restent fixes; les cycles de vitesse sont prédéterminés.

En effet, les véhicules modernes sont de véritables ordinateurs. Ils sont équipés de dizaines de capteurs qui, à tout moment, mesurent la vitesse de rotation des roues, la position de l'accélérateur et une multitude d'autres paramètres.

Des millions de lignes de code informatique permettent d'analyser ces informations, puis d'envoyer des commandes vers les freins, le moteur ou les autres pièces afin d'optimiser le fonctionnement de la voiture.

Dans le cas de Volkswagen, l'ordinateur de bord envoyait une commande pour mettre le système antipollution en marche dès le moment où il détectait que le véhicule était soumis à un test d'émissions. Sur la route, ce même système était automatiquement mis à l'arrêt, pour maximiser la performance de la voiture.

Une technologie innovante

Selon les ingénieurs rencontrés par Découverte, la seule façon de faire obstacle aux logiciels espions et de s'assurer que les voitures respectent réellement les normes environnementales serait de tester les véhicules non pas en laboratoire, mais dans des conditions réelles.

Une nouvelle technologie, le système portatif de mesure des émissions (ou PEMS, pour portable émissions measurement system), permettrait de mesurer les gaz polluants rejetés par le système d'échappement, directement sur la route. « Il y a 20 ans, c'était totalement impossible », dit Claude Sauvageau, ingénieur chez PMG Technologies. Les premiers PEMS sont apparus il y a une quinzaine d'années. À l'époque, leurs dimensions étaient telles qu'il était impossible de les installer sur une voiture en mouvement. Depuis, la technologie a évolué.

Environnement Canada est équipée de quelques systèmes PEMS et envisage d'y avoir davantage recours à l'avenir, ne serait-ce que pour confirmer la fiabilité de résultats obtenus en laboratoire. « Dans le futur, on peut s'attendre à ce qu'Environnement Canada modifie ses protocoles de tests, de façon à débusquer les logiciels espions », avance Peter Barton, qui dirige les tests d'émissions à Environnement Canada.



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