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Sous Turcot, un ancien lac pose un défi aux ingénieurs

Reconstruire l'échangeur Turcot – qui célèbre ses 50 ans cette fin de semaine – représente un défi de taille, notamment parce qu'il est bâti sur un ancien lac au sol instable, en plus de la présence de vestiges archéologiques.

Un texte de Daniel Carrière, de l’émission Découverte

Lorsqu’on regarde les premières cartes topographiques de l’île de Montréal, on découvre qu’il y avait un lac, juste au pied du mont Royal.

Ce lac qui a disparu s’appelait le lac Saint-Pierre (aussi connu sous le nom de lac à la Loutre).

Il traversait une grande partie de la pointe sud de l’île. Ce lac peu profond faisait 7 km de long sur 1 km de large. Cet ancien plan d’eau a été asséché au 19e siècle lors de la construction du canal de Lachine et de sa canalisation.

Lorsqu’on superpose les plans du nouvel échangeur Turcot et la carte topographique, on constate que le lac Saint-Pierre était situé juste en dessous de la nouvelle structure.

Voyez comment le paysage de ce secteur de Montréal s'est transformé :

Infographie : Christian Goupil

Pour les ingénieurs, cet ancien lac pose beaucoup de problèmes. Les sédiments au fond du lac n’ont jamais été compressés; impossible donc de construire une nouvelle autoroute sur une terre instable.

« Ces matériaux-là, dits compressibles, ne peuvent pas accueillir une autoroute ou une voie de chemin de fer parce qu’ils peuvent se compresser au fur et mesure. On a une autoroute qui pourrait bouger et se creuser. Il a donc fallu excaver ces sols. Ils pouvaient se trouver à 4-5 mètres de profondeur et sur une épaisseur de 2 à 4 mètres », explique David Maréchal, directeur qualité et environnement chez KPH Turcot, le consortium responsable la reconstruction de l'échangeur Turcot.

Avant de construire le nouvel échangeur, le ministère des Transports a fait une cartographie complète du site. Les ingénieurs ont réalisé 20 000 analyses de sol et plus de 3000 forages.

Sortir les sols de l’ancien lac a été un ouvrage titanesque. Le consortium responsable des travaux a excavé 5 millions de tonnes de terre et a refait les fondations de l'échangeur sur 7 km.

Les tanneries

C’est lors de ces travaux d’excavations que des vestiges datant des 18e et 19e siècles sont mis au jour. Il s’agit de l’ancien village des Tanneries.

Pendant près de 200 ans, des artisans s’étaient regroupés autour de ce lac pour tanner les peaux et en faire du cuir.

Ce village était directement relié à la traite des fourrures. Des familles de tanneurs s’étaient installées à l’extérieur de Montréal parce que leur métier était polluant et nauséabond. Ce village était l’ancêtre de Saint-Henri et était considéré comme l'une des premières formes d’industrie de l’île de Montréal.

Après la découverte de ces vestiges, le chantier de l'échangeur Turcot est temporairement fermé, le temps de faire des fouilles archéologiques. Le gouvernement Couillard dépense 1,6 million de dollars pour faire l’inventaire du site. On découvre des fondations de maisons et six tanneries réparties sur deux sites.

Le ministère de la Culture fait un relevé des fondations et récupère 150 boîtes d’artefacts, dont des fragments de cuves, des assiettes et des articles de fumeurs.

Les ruines du village sont en bon état, mais le ministère des Transports décide de détruire le site malgré les protestations de citoyens et de défenseurs du patrimoine. Aujourd’hui, sous les piliers du nouvel échangeur, il n’y a plus de traces de l’ancien lac ni du village des Tanneries.

Ces immenses travaux de consolidation ont pris du temps, mais les ingénieurs disent que cette étape était indispensable et que les nouvelles assises de l’échangeur maintenant débarrassé de son lac vont prolonger sa durée de vie.

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