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Stéphanie Walsh Matthews : utiliser des robots pour aider les enfants autistes

ENTREVUE - En utilisant des robots pour mieux comprendre les pratiques langagières des enfants autistes, Stéphanie Walsh Matthews met de l'avant l'importance des études et du travail interdisciplinaire.

Un texte de Sophie Vallée

Stéphanie Walsh Matthews est professeure agrégée au département de langues, littérature et culture à l’Université Ryerson.

Elle fait partie d’une équipe de recherche interdisciplinaire qui a constaté que les enfants souffrant d’un trouble du spectre de l'autisme interagissent facilement avec des robots.

Cette méthode pourrait ultimement promouvoir de meilleures interactions pour certains enfants autistes.

En travaillant avec des experts en robotique et des professionnels du milieu médical, Stéphanie Walsh Matthews a mis sur pied une base de données linguistique qui permettrait de mieux comprendre les répétitions langagières de ces enfants.

Pourquoi utiliser des robots avec des enfants qui souffrent d’un trouble du spectre de l’autisme?

L’hypothèse est que le robot présente une interface minimaliste qui amène l'enfant autiste à interagir avec lui.

Nous avons pu observer que ces enfants avaient une certaine aise à interagir avec des robots puisqu'ils sont, entre autres, moins bruyants que les humains.

Par exemple, quand je parle, je gesticule, je bouge beaucoup, il y a plusieurs choses assez imprévisibles qui se produisent dans mon discours. Comme la plupart des gens, nous communiquons avec plusieurs codes.

Quand j’ai commencé à travailler avec les robots NAO et les enfants qui souffrent d'autisme, j’ai pu observer une augmentation de la production langagière.

Après un certain nombre d'interactions avec le robot, la plupart des enfants produisait davantage de mots qu'au départ.

En général, ce qui a été acquis durant l’interaction robotique a également été mis en pratique avec les interactions humaines par la suite.

Nous avons également constaté des éléments d’interaction imprévisibles chez les enfants, comme lors d'un malfonctionnement du robot. Des problèmes techniques qui ont ouvert des portes à l'observation de comportements tout à fait étonnants.

Par exemple, à un moment, il était prévu que le robot se lève et danse, mais à cause d'un problème technique, ça ne s'est pas produit. L'enfant a attendu patiemment et lui dit « allez, lève-toi on va te donner un autocollant si tu te lèves! ». On a pu observer ce même genre de comportement chez plusieurs enfants.

Pour ce projet-ci, on assistait aux séances de l'enfant participant avec son thérapeute pour valoriser une interaction spontanée.

Il est temps de voir que l’autisme affecte beaucoup de gens et que des professionnels de tous les horizons peuvent contribuer à faire avancer les connaissances dans ce domaine. Il n'y a pas que les neurologues pour comprendre l’autisme. Et pour moi, c’était une occasion de travailler avec une équipe interdisciplinaire pour étudier cette question.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser aux enfants qui souffrent d’un trouble du spectre de l’autisme?

J’ai fait mes études en littérature, mais j’ai toujours été intéressée par l’anthropologie et l’archéologie. J’ai fait une double maîtrise en lettres françaises et en sémiotique. Ensuite, j’ai fait un doctorat en études françaises.

On pourrait décrire la sémiotique, de façon très générale, comme étant la science des signes. C'est en quelque sorte un remaniement des questions culturelles, anthropologiques et linguistiques afin de comprendre comment les êtres humains arrivent à interpréter des émotions et interagir.

La littérature nous permet, entre autres, de comprendre le milieu culturel de l'endroit d'où elle vient. On pourrait appeler ça une sorte de sémiotique culturelle.

L'évolution de la langue me passionnait également : comment les êtres humains arrivent-ils à parler et à produire tellement de choses. Tout ce qui explique que nous pouvons avoir des relations et communiquer entre nous.

Lorsque j'étais étudiante au doctorat, je me suis mise à examiner la question du grotesque.

Lors d’une présentation, quelqu’un m’a demandé si j’avais déjà pensé à travailler le grotesque de façon concrète, comme l’inclusion de robots dans la vie de tous les jours. C’est ce qui m’a amené à étudier cette question puisque le robot représente un être tout à fait anormal dans notre quotidien.

J'ai découvert l'initiative AskNAO, un petit robot utilisé pour faciliter les interactions, notamment avec les jeunes qui souffrent d'un trouble du spectre de l'autisme et j'y ai vu un potentiel pour développer la recherche.

C'était une occasion assez spéciale d'étudier les interactions homme-robot pour comprendre les pratiques langagières des enfants autistes. Ce que l'on ne pourrait peut-être pas avoir sans la présence du robot dans la dynamique d'échanges.

C'était donc une façon d'étudier l'évolution de la langue en examinant les liens entre la langue et les troubles du spectre de l'autisme.

Quelle est l’importance des études interdisciplinaires?

Il nous faut des professionnels qui se spécialisent dans leurs domaines respectifs. Ils nous donnent à nous, qui touchons à différentes disciplines, ce potentiel d’exploiter un domaine au-delà de nos connaissances.

Dans les environnements interdisciplinaires, il y aura toujours quelqu’un de mieux placé que nous pour prendre une décision sur un certain sujet.

On devient alors assez humble, on doit reconnaitre que l'on contribue à une petite partie d'un tout et que le travail de tout le monde est essentiel pour arriver à notre but.

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