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Sur les traces du plus grand cratère du monde

Il y a 2,2 milliards d'années, un immense astéroïde de 50 à 70 kilomètres de diamètre serait entré en collision avec la Terre, à l'endroit où se trouve le Québec aujourd'hui. Ce cataclysme, d'une force inimaginable, aurait créé le plus vaste cratère d'impact jamais recensé sur notre planète.

Un texte de Dominique Forget, de Découverte

Cette hypothèse, qui est controversée, est celle du géologue Serge Genest, un ancien prospecteur minier qui a fait fortune en découvrant des gisements d’uranium dans le nord du Québec. Au début des années 2000, le scientifique a renoncé à sa carrière de prospecteur pour se consacrer à sa passion : l’étude de l’histoire géologique de notre continent.

Une équipe de l’émission Découverte l’a accompagné sur le terrain, sur les traces du gigantesque cratère qu’il croit avoir repéré.

Un arc de cercle

Les recherches de Serge Genest se concentrent dans la région des lacs Albanel et Mistassini, au nord-est de Chibougamau. Ces deux immenses lacs ont une forme inusitée : ils dessinent un arc de cercle. Le massif des monts Otish, situé à l’extrémité est des lacs, suit la même courbure.

Selon Serge Genest, leur tracé esquisserait l’un de ces anneaux qui remontent sur le pourtour d’un cratère. « Lorsque la Terre est frappée par un astéroïde, le cratère prend une forme complexe, explique le géologue. Le centre remonte pour former un pic central. Il est entouré de plusieurs anneaux concentriques. »

Avec le passage de millions, voire de milliards d’années, le pic central et les anneaux s’érodent. Les structures d’impact deviennent très difficiles à identifier. Il ne reste que des fragments, une cicatrice diffuse, qu’on appelle « astroblème ».

Selon les calculs de Serge Genest, l’astroblème Mistassini-Otish ferait, au minimum, 600 kilomètres de diamètre. À titre de comparaison, le cratère de Chicxulub, au Mexique (dont l’impact a vraisemblablement décimé les dinosaures, il y a 66 millions d’années), fait environ 170 kilomètres de diamètre.

Infographie : Christian Goupil

Trois indices

Le premier indice sur lequel Serge Genest appuie son hypothèse, ce sont des « cônes de percussion » (shatter cones, en anglais), repérés sur l’île Rouleau, au centre du lac Mistassini.

La roche s’est fracturée pour former des structures coniques. « Il y a seulement deux types d’impacts qui sont assez puissants pour créer ce type de fractures dans la roche, indique Serge Genest. Il peut s’agir d’une explosion nucléaire ou d’un impact météoritique. Comme il n’y a jamais eu d’essais nucléaires dans la région, ce ne peut être qu’un impact météoritique. »

Les cônes de percussion de l’île Rouleau ont été découverts dans les années 70 par une équipe du ministère des Ressources naturelles, mais à ce jour, on n’a jamais identifié quel impact météoritique aurait bien pu les créer.

Sur d’autres îles du lac Mistassini, le géologue a repéré un deuxième indice : des petits grains, emprisonnés dans la roche. Un peu comme si on avait saupoudré des grains de poivre dans la roche, avant qu’elle ne durcisse. Selon Serge Genest, il s’agirait de « sphérules », un terme bien connu des chasseurs de cratères.

« Lorsqu’un astéroïde frappe la Terre, la température atteint des degrés tels qu’une partie de la roche passe sous forme de vapeur, explique le scientifique. Elle voyage dans l’atmosphère, puis retombe en gouttelettes dans le magma et la roche en fusion. Lorsque la Terre se refroidit, ces gouttelettes restent emprisonnées dans la roche. Ce sont ces petits grains qu’on appelle des sphérules. »

Le troisième indice a été découvert dans les monts Otish. À l’intérieur de grains de quartz de certaines roches, Serge Genest a identifié des fractures invisibles à l’œil nu, mais observables au microscope.

Il faut savoir que le quartz est un minéral extrêmement résistant. Quand il est soumis à un impact météoritique, il ne se fissure pas pour former des cônes. Il se produit toutefois des microfractures à l’intérieur de ses grains, qu’on appelle PDF pour planar deformation features.

Une hypothèse contestée

L’hypothèse de Serge Genest est contestée par la communauté scientifique internationale. Certains géologues sont carrément sceptiques. Il faut dire que le géologue québécois fait bande à part. Indépendant de fortune, il n’est rattaché à aucune institution universitaire.

En outre, Serge Genest n’a jamais publié ses découvertes dans les grandes revues scientifiques. Une lacune qu’il se promet de combler. À ce jour, il a accumulé près de 10 000 échantillons dans son laboratoire de Crabtree, dans Lanaudière. Il compte délaisser le terrain pour se consacrer aux analyses et à la communication de ses résultats.