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Survie des plantes : deux digestions valent mieux qu’une!

La double digestion favoriserait la dispersion des plantes. Le phénomène peu documenté de la diploendozoochorie a été mis en lumière par des chercheurs de l'Université de l'Alberta dans une nouvelle étude.

Un texte de Camille Martel

Un oiseau mange une graine au sol. Il se retourne, un renard lui saute dessus et l'avale tout rond. Pour l'oeil inexpérimenté, c'est un prédateur qui s'attaque à sa proie, mais pour la biologiste Anni Hamalainen, c'est peut-être l'arme de défense du règne végétal face aux changements climatiques.

« C'est potentiellement un processus naturel très important », indique Anni Hamalainen, auteur principal de l'étude.

Digérer deux fois avant de germer

Ce processus, c'est la diploendozoochorie : une graine qui voyage dans plusieurs estomacs avant d'arriver à sa destination finale. Un phénomène étudié pour la première fois par Charles Darwin en 1859.

Depuis, les chercheurs l'ont presque oublié, croyant que c'était un phénomène anecdotique.

Notre étude démontre que c'est beaucoup plus important que ce qu'on croyait.

Anni Hamalainen, biologiste, Université de l'Alberta

Anni Hamalainen et ses collègues ont parcouru toute la littérature scientifique sur le sujet, une première dans leur domaine. Ainsi, ils ont pu démontrer que la diploendozoochorie était beaucoup plus répandue que ce que les chercheurs croyaient.

Ils ont aussi constaté que cette double digestion pourrait avoir des impacts importants sur l'environnement et la survie des espèces.

Prendre la voie rapide

La biologiste de l'Université de l'Alberta croit que le phénomène pourrait aider les plantes menacées par le réchauffement climatique : « sans ces animaux, les plantes ne pourraient pas changer de territoire aussi rapidement. »

Les plantes pourraient ainsi échapper à des conditions climatiques défavorables en faisant voyager leurs graines à bord des animaux qui parcourent de longues distances. Notamment, celles qui se trouvent dans les régions nordiques, comme la toundra arctique.

La biologiste ajoute que plusieurs animaux repoussent leur habitat vers le nord, entraînant plusieurs espèces de plantes avec eux. Aussi, plus les prédateurs sont de grande taille, plus ils voyageront loin.

Les renards, par exemple, parcourent de plus longues distances que les rongeurs.

Anni Hamalainen, biologiste, Université de l'Alberta

L'étude, publiée jeudi dans la revue Ecosphere, est un premier pas dans ce domaine d'étude méconnu, indique Anni Hamalainen. Elle espère que la publication encouragera d'autres chercheurs à vouloir en savoir plus sur le sujet.

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