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Un adolescent met au point un traitement prometteur contre le cancer

Un Ontarien de 16 ans suscite l'intérêt des scientifiques du monde entier parce qu'il a mis au point une technologie efficace et moins coûteuse pour combattre le cancer. Voici Sajeev Kohli.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Le quotidien de Sajeev Kohli ne ressemble en rien à celui d’un adolescent typique. Il passe autant de temps à l’école secondaire que dans les laboratoires de l’Université de Waterloo, où il tente de trouver une cure au cancer.

Le jeune Ontarien s’intéresse à la science depuis plusieurs années. Mais c’est lorsqu’un de ses oncles a été diagnostiqué d’un cancer du rein qu’il a choisi d’y consacrer ses recherches.

« Je l’ai vu souffrir à l’hôpital, se rappelle Sajeev Kohli. J’ai vu la douleur associée à la maladie. C’est ce qui m’a poussé à vouloir mettre au point un traitement moins invasif. » Les traitements réguliers contre le cancer affectent aussi les cellules saines, provoquant souvent une série d’effets secondaires.

Sajeev Kohli a élaboré, grâce à la nanotechnologie, une méthode pour transporter avec plus de précision les médicaments dans le corps humain. « Mes nanovéhicules parviennent à se rendre jusqu’aux cellules cancéreuses sans toucher aux cellules saines », explique-t-il.

Déjà efficace contre trois cancers

L’approche de Sajeev Kohli a prouvé son efficacité contre les cancers du côlon, du poumon et du sein lors d'essais effectués sur des cultures cellulaires en laboratoire.

Brian Dixon, un professeur qui dirige un laboratoire de recherche à l’Université de Waterloo, est impressionné par l’habileté qu’ont les nanovéhicules conçus par le jeune chercheur à cibler directement les cellules cancéreuses.

Mais, selon lui, l'aspect le plus novateur de sa recherche est l'algorithme qu'il a créé pour déterminer la cible à atteindre. « C'est une approche beaucoup plus directe, explique-t-il. Habituellement, les traitements se développent au terme d’analyses sur les cellules en laboratoire. »

Le jeune chercheur soutient que sa méthode est 10 fois plus rapide à mettre sur pied, sept fois moins coûteuse et cinq fois plus efficace que les traitements actuels.

Les travaux de Sajeev Kohli lui ont d’ailleurs valu les grands honneurs au concours Sanofi Biogenius Canada, (édition 2018), qui s'est tenu en mai. Le jeune prodige revient également de Boston, aux États-Unis, où il a remporté le grand prix du Global Healthcare Challenge dans une compétition internationale de biotechnologie.

Longue route devant lui

La prochaine étape pour Sajeev Kohli est de prouver l’efficacité de sa méthode in vivo.

D’ici quelques années, il pourrait injecter ses nanoparticules à des souris et à des poissons-zèbres pour constater leurs effets sur la tumeur.

Les essais cliniques sur les humains, quant à eux, ne se feront pas avant 10 ans. Et il faudrait sans doute attendre encore 20 ans avant que son traitement puisse aboutir sur le marché.

Mais Sajeev Kohli a tout son temps devant lui. Il veut poursuivre ses expérimentations jusqu’au doctorat et continuer à mettre au point ce traitement une fois sur le marché du travail.

Peu importe le temps que ça prendra, il dit vouloir mettre tous les efforts possibles pour réduire la douleur des patients pendant leur combat contre le cancer.

Déjà, note Brian Dixon, il a accompli davantage à 16 ans qu'un étudiant à la maîtrise ou au doctorat.

Les chercheurs de demain

Sajeev Kohli est-il si différent des autres jeunes de son âge? Pas selon lui.

Il affirme côtoyer régulièrement de jeunes scientifiques passionnées qui consacrent tout leur temps libre à la recherche. Ils formeront, comme lui, la prochaine génération de chercheurs.

« Sajeev s'est vraiment distingué, souligne la présidente de Sanofi Canada, Niven Al-Khoury. Ses recherches et sa détermination témoignent de la profondeur et du calibre du talent scientifique au Canada. »

L’entreprise biopharmaceutique dit soutenir avec fierté cette « prochaine génération d’innovateurs ». Elle a d’ailleurs soutenu financièrement Sajeev Kohli pour qu'il puisse présenter ses travaux à la communauté scientifique internationale.