Quel époustouflant voyage j'ai eu la chance de faire, depuis plus de quatre décennies, dans le fabuleux monde de la science et de son prolongement, la technologie! Que d'étonnements, que de surprises, que d'émerveillements le journaliste scientifique que je suis a pu vivre! Mais aussi, que de drames humains ai-je côtoyés comme journaliste médical, pour qui les maladies et la mort sont trop souvent au rendez-vous!

Car c’est à tout cela à la fois que nous amène la science. D’un côté, elle sert à comprendre le monde, à en révéler les beautés et la chatoyante richesse. De l’autre, elle sert à décrire, à comprendre - et parfois à régler - les problèmes qui nous menacent, qui mettent nos personnes et nos sociétés en danger.

Des beautés de la nature, la science nous en a fait découvrir par myriades depuis une quarantaine d’années. Je prendrai seulement l’exemple de l’astronomie. Les planètes de notre système solaire, les comètes et les astéroïdes, les autres étoiles de notre galaxie et même les planètes qui les entourent (les exoplanètes, comme on les appelle), les autres galaxies, l’immense immensité de l’Univers : nous les avons vus comme jamais les humains avant nous ne les avaient vus ou même rêvés.

Et cela, grâce à des machines d’une inimaginable puissance, des télescopes au sol ou en orbite, des sondes spatiales, des satellites, des appareils robotisés déposés sur d’autres planètes et même sur une comète.

Bien sûr, diront certains, tous ces joujoux d’astronomes et d’astrophysiciens coûtent des fortunes. À quoi bon toutes ces connaissances et toutes ces images alors qu’il y a, sur notre Terre, tant et tant à faire? Tant de misère, de famines, de maladies et de pandémies, de pollution, d’espèces en danger, d’écosystèmes dégradés ou détruits, de dérèglements du climat.

Je répondrai que, malgré tout, la science qui nous ouvre les yeux sur la magnificence et la poésie de l’Univers nous confère plus d’humanité. Le savoir et l’imaginaire, qui s’alimentent l’un l’autre, c’est ce qui nous fait grandir.

D’autres remarqueront que la science, dont je vante ici les vertus, n’a pas toujours eu les mains propres et qu’elle a depuis longtemps perdu de son innocence. La physique du début du 20e siècle a accouché de la bombe atomique. La chimie a créé des armes horribles et des polluants dévastateurs. La biologie a montré comment manipuler le vivant à des fins pas toujours légitimes. C’est vrai.

Mais là encore, je répondrai que, malgré tout, la science a rendu et rend des quantités de services à l’humanité : elle contribue à la nourrir, à la soigner et à la guérir, à la protéger des aléas du mauvais temps ou de la sécheresse. Elle l’aide aussi, et ce n’est pas la moindre de ses qualités, à se départir de l’irrationnel, des croyances, des superstitions et du surnaturel.

Sans oublier qu’il faut faire la distinction entre le développement des connaissances et les applications qu’on en tire. La science peut faire la guerre, c’est un fait maintes fois observé. Mais elle peut aussi construire la paix grâce aux bienfaits que je viens de mentionner. Grâce aussi au fait qu’elle est l’œuvre d’une communauté humaine, la communauté scientifique, qui est par essence internationale, pour ne pas dire internationaliste.

Nous vivons, affirme-t-on, dans une « société du savoir ». L’expression a été employée à toutes sortes de sauces et elle peut paraître galvaudée. Mais elle dit plutôt bien, je trouve, que notre bien-être, notre santé, notre richesse, notre avenir dépendent étroitement de ce que nous apportent la science et la technologie.

Dans l’expression « société du savoir », il y a le mot « savoir ». Il y a aussi le mot « société ». La société, c’est nous, les citoyens. Des citoyens qui doivent pouvoir comprendre la science : d’où la nécessaire culture scientifique, construite par l’école et en partie alimentée par les médias. Des citoyens, également, qui doivent pouvoir surveiller la science et les scientifiques, leur rappeler, comme le disait le merveilleux François Rabelais, que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Après 35 ans de journalisme scientifique à la radio de Radio-Canada, je pars à la retraite. Je pars à la retraite, mais je n’accroche pas pour autant mes éprouvettes. Pas toutes mes éprouvettes en tout cas. Cet époustouflant voyage, je compte bien le poursuivre. Pas devant le micro des Années lumière, comme pendant tant d’années. Mais de bien d’autres façons, dont l’écriture.

Et aussi, bien sûr et tout simplement, comme auditeur, comme téléspectateur et comme lecteur : les émissions, les magazines, les sites web et les livres de vulgarisation scientifique sont essentiels. Et le seront encore davantage, dans un monde de plus en plus façonné par la science, et qui aura de plus en plus besoin des lumières de la science pour relever les défis auxquels nous nous heurtons.

La science, après tout, c’est ce qui ajoute de la lumière à nos années.

Plus d'articles

Commentaires