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Un ciseau moléculaire qui tue la maladie dans l'oeuf

Pour la première fois, des chercheurs ont réussi à modifier un embryon humain afin de corriger une mutation génétique potentiellement mortelle. La technologie CRISPR-Cas9 suscite l'espoir, mais soulève également d'importantes questions éthiques.

L'exploit a été réalisé par une équipe de chercheurs américains de l'Université des sciences et de la médecine de l'Oregon, dirigée par le Dr Shoukhrat Mitalipov, en collaboration avec l'Institut Salk et l'Institut coréen des sciences fondamentales.

Les chercheurs ont utilisé une technique d'édition génétique connue sous le nom de CRISPR-Cas9 pour retirer une mutation génétique qui est responsable de malformations et de maladies génétiques potentiellement mortelles, comme les maladies cardiaques.

CRISPR-Cas9 fonctionne comme un « ciseau moléculaire » qui permet d'isoler les parties indésirables du génome et de les remplacer par de nouvelles pièces d'ADN.

Vardit Ravitsky, professeure en bioéthique de l'Université de Montréal, qualifie cette avancée de « révolutionnaire ».

Jusqu'à présent, les seules études publiées utilisant la technique CRISPR-Cas9 avaient été menées en Chine avec des résultats mitigés.

Pour augmenter le taux de réussite, l'équipe de chercheurs a introduit des composants du génome ainsi que des spermatozoïdes mâles portant le gène fautif pendant le processus de fertilisation in vitro.

Ils ont constaté que l'embryon utilisait la copie saine du gène pour réparer la partie mutée.

L'équipe a également constaté que la correction génétique n'avait pas provoqué de mutations détectables dans d'autres parties du génome, une préoccupation majeure dans la modification génétique.

Cependant, l'expérience n'a pas été sans fautes, l'opération a fait passer le nombre d'embryons réparés à 74 %, alors que le taux naturel est de 50 %.

Les embryons, testés en laboratoire, n'ont été autorisés à se développer que pendant quelques jours seulement, étant donné que beaucoup de travail demeure à faire pour établir avec exactitude les risques liés à l'opération.

Vers la création d'humains parfaits?

Si cette avancée permet de prévenir de nombreuses maladies qui sont aujourd'hui incurables, elle pourrait également ouvrir la porte à de graves dérives éthiques.

Une fois que l'on peut manipuler le génome humain pour des raisons médicales, on peut aussi le faire pour modifier les traits physiques, voire la personnalité des individus, prévient Mme Ravitsky.

La professeure met notamment en garde contre l'eugénisme, « cette idée qu’on peut utiliser le contrôle de l’ADN humain pour modifier le caractère humain, et donc le caractère de la société ».

Ce type d'idéologie peut mener à la création d'une société où les êtres humains sont sélectionnés et modifiés pour être « parfaits », soit esthétiquement beaux et performants, des critères subjectifs.

Mme Ravitsky assure toutefois que nous sommes encore très loin de pouvoir façonner un être humain sur mesure, et se dit optimiste quant à la capacité de réflexion de nos sociétés.

Si la prudence est de mise, il est essentiel de permettre à la recherche scientifique et médicale d'avancer, estime la professeure.

Les détails de l'étude ont été publiés dans le journal scientifique Nature.

Avec les informations de CBC News

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