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Un climatosceptique à la tête de l’EPA américaine

Certains se croisaient les doigts en espérant que cela n'arriverait pas. Mais c'est quand même arrivé. Le président désigné Donald Trump a annoncé cette semaine qu'il avait choisi un climatosceptique endurci pour diriger l'EPA, l'Agence américaine de protection de l'environnement.

Le climatosceptique en question s’appelle Scott Pruitt. Il est le procureur général (le ministre de la Justice) de l’Oklahoma. C’est un « proche allié » de l’industrie des combustibles fossiles. Il s’est fait connaître pour avoir initié une poursuite en justice, avec plusieurs autres États américains, contre… l’EPA et contre ses règlements visant à lutter contre les changements climatiques – notamment en limitant les émissions des centrales électriques au charbon.

Avec un tel parcours, le nommer à la tête de l’EPA, c’est faire entrer le loup dans la bergerie – l’image est même trop faible, il faudrait plutôt dire que c’est la meute de loups au complet qui va entrer dans la bergerie…

Quelques jours auparavant, pourtant, le président désigné avait reçu l’ancien vice-président Al Gore, un champion de la lutte aux changements climatiques. Il avait aussi semblé reconnaître, du bout des lèvres il est vrai, qu’il y a « certains liens » entre l’activité humaine et le réchauffement de la planète. Tout cela avait pu soulever un brin d’espoir chez les défenseurs de l’environnement. On pouvait même imaginer que la science du climat aurait peut-être une place, si minime soit-elle, dans ou près de l’équipe Trump.

La nomination de Scott Pruitt a refroidi d’un coup tous ces espoirs.

Deux choses me paraissent inquiétantes, sinon troublantes, dans cette nomination. D’abord, le fait qu’on puisse, encore et toujours, s’obstiner à refuser de voir les faits et la multitude de données qui, depuis plus de 20 ans, ont établi la réalité des changements climatiques – ainsi que leur origine essentiellement humaine. Pour le nier, on continue d’utiliser la vieille tactique consistant à faire croire qu’il y a encore un débat scientifique sur ces questions, autrement dit, la tactique consistant à « semer le doute ».

L’autre chose, c’est qu’on puisse affirmer, en tournant carrément le dos aux faits et au simple bon sens, que moins de règlements pour protéger l’environnement permettra de mieux le protéger. C’est d’ailleurs cette conception pour le moins biscornue de la question qui a amené le candidat Trump, tout au long de la campagne électorale, à se prononcer pour une forte diminution des pouvoirs de l’EPA, même pour son démantèlement. En fait, l’intention de Trump, et certainement celle du patron qu’il veut nommer à la tête de l’EPA, est de se débarrasser de toutes les mesures mises en place par l’équipe Obama pour assurer la qualité de l’air, de l’eau et de l’environnement des Américains.

Petite et mince note d’espoir : la déclaration du sénateur Bernie Sanders, qui siège au comité chargé d’entériner ou pas la nomination de Scott Pruitt. « À une époque où le changement climatique est la grande menace à la planète entière, a déclaré le sénateur, il est triste et dangereux que M. Trump ait nommé Scott Pruitt à la tête de l’EPA. Le peuple américain doit demander des leaders qui veulent éloigner notre système énergétique des combustibles fossiles. Je m’opposerai vigoureusement à cette nomination. »

Hélas, la voix du sénateur Sanders risque de ne pas être entendue. Au contraire. Donald Trump a déclaré que « nous allons mettre fin à l’intrusion de l’EPA dans nos vies ». Peut-être. Mais en refusant de limiter d’une quelconque manière leurs émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère de la planète tout entière, les Américains vont, eux, faire intrusion dans les vies de tous les habitants du monde – y compris, soit dit en passant, dans leurs propres vies.

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