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Un courant électrique pour soigner la dépendance au jeu

L'application d'un faible courant électrique à la surface du crâne pourrait venir en aide aux joueurs compulsifs, selon une récente étude de l'Université Laval.

Un texte de Fanny Samson

Des chercheurs de la Faculté de médecine ont d’abord recruté 16 personnes par l’entremise du Centre de réadaptation en dépendance de Québec. Ces patients souffrent de trouble du jeu depuis plusieurs années.

Lors d’une première séance d’étude, la stimulation transcrânienne à courant continu a été testée pendant 30 minutes à l’aide de deux électrodes placées sur le cuir chevelu des volontaires. La moitié des sujets recevaient un traitement placebo.

« C’est un courant direct, un courant continu de deux milliampères. On ne sent à peu près rien, mais c’est suffisant pour moduler l’activité du cerveau », détaille la chercheuse en neuroscience cognitive Shirley Fecteau.

Une semaine plus tard, chaque participant a été soumis au traitement qu’il n’avait pas reçu lors de la première visite.

L'étude, publiée dans la revue Neuropharmacology, révèle que le traitement augmente la production du neurotransmetteur GABA dans le cortex préfrontal, qui permet de calmer le cerveau quand il est surexcité.

Selon l’Association américaine de psychiatrie, les problèmes de jeu figurent parmi les troubles de dépendances aux substances depuis 2013. Un problème qui touche entre 1 % et 2 % de la population adulte.

Soigner la dépendance à long terme

Lors de précédentes études, la même technique a été utilisée chez des patients en santé.

Shirley Fecteau indique que les mêmes zones du cerveau sont associées à la dépendance.

« D’autres études ont montré que le cerveau s’active de façon similaire, quand on a une envie, une urgence de consommer, que ce soit des jeux de hasard ou d’argent, de l’alcool ou la cigarette », souligne-t-elle.

La chercheuse ignore toutefois les effets de cette méthode à long terme. « Nous espérons maintenant obtenir du financement pour réaliser un essai clinique qui comporte entre 10 et 15 séances pour chaque participant. »

Si plusieurs ont tendance à comparer ce traitement aux électrochocs, une méthode controversée utilisée en psychothérapie depuis de nombreuses années, Shirley Fecteau précise que la stimulation transcrânienne à courant continu cause très peu d’effets secondaires.

« L’idée d’utiliser l’électricité, ça fait très longtemps. Il y a eu les électrochocs qui ont été développés et qui demeurent à ce jour quand même assez stigmatisés, mais qui fonctionnent très bien pour la dépression majeure », termine-t-elle.