Retour

Un médicament capable de combattre les superbactéries

Une équipe de scientifiques manitobains a mis au point un médicament capable de combattre des bactéries résistantes aux antibiotiques.

Un texte de Christianne Hacault

Des chercheurs du Centre de recherche Albrechtsen, de l'Hôpital Saint-Boniface et de l'Université du Manitoba, ont mis au point un médicament qui s'attaque aux bactéries de manière différente de celle des antibiotiques traditionnels, ce qui augmente son efficacité dans le traitement des infections résistantes aux antimicrobiens.

« Les antibiotiques sur le marché, même les nouveaux, s'attaquent tous aux bactéries de la même manière, alors les bactéries deviennent résistantes très rapidement », explique le Dr Grant Pierce, directeur général du Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface et coauteur de l'étude.

« Ce que nous avons découvert, c'est une nouvelle cible, une protéine, qui n'est pas touchée par les antibiotiques traditionnels, révèle le Dr Pierce. Nous avons créé un médicament qui cible spécifiquement cette protéine et interrompt l'infection. »

Un médicament ciblé

Le médicament, appelé PEG-2S, empêche la prolifération de certains types de bactéries dangereuses en s'attaquant à la protéine NQR, qui fournit l'énergie essentielle à leur survie.

De plus, cette protéine est uniquement présente dans des bactéries pathogènes; elle n'est pas dans les cellules normales du corps, ni dans les bactéries intestinales qui sont bénéfiques à l'être humain. « Le médicament n'a donc aucun effet sur les cellules normales dans le corps », affirme le Dr Pierce.

Depuis plus de cinq ans, l'équipe dirigée par les Drs Grant Pierce et Pavel Dibrov effectue des tests en laboratoire sur la bactérie Chlamydia trachomatis. Le Dr Pierce a bon espoir que le médicament qu'ils ont mis au point pourra être utilisé pour combattre de nombreuses infections, notamment la gingivite, la légionellose, la pneumonie, le choléra et la gonorrhée.

Par ailleurs, l'équipe a déjà commencé à concevoir des variantes de PEG-2S dans l'espoir de l'adapter aux spécificités de plus de 20 bactéries pathogènes qui possèdent des protéines NQR.

Effets pas encore confirmés chez l'humain

Malgré les succès du médicament en laboratoire, il faudra encore attendre plusieurs années avant qu'il soit offert au grand public. Le PEG-2S doit encore être testé sur des animaux avant de procéder à des essais cliniques sur des humains.

Le Dr Pierce a toutefois très bon espoir que le médicament sera efficace chez les humains en raison de la manière dont il est conçu. « Normalement, les médicaments sont conçus pour s'attaquer à une protéine, à une fonction, à une voie qui existe partout dans le corps, et il faut trouver le moyen de réduire les effets secondaires non désirables qui en résultent, explique le chercheur. Ce médicament est différent, parce que la protéine existe seulement dans les mauvaises bactéries et pas dans les cellules normales, ni dans les bonnes bactéries. C'est un scénario idéal. »

Plus d'articles

Commentaires