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Un rapace qui dévore un écureuil dans un parc, rare ou pas?

Les pique-niques sont chose courante au parc La Fontaine, à Montréal, mais celui d'une buse à queue rousse qui mange un écureuil sous les yeux de quelques passants ébahis l'est certainement moins. Un comportement exceptionnel observé il y a quelques jours, que des experts tentent d'expliquer.

Un texte de Pascale Fontaine

« C'est surprenant que cette buse ne soit pas effarouchée par les humains », observe d'emblée le Dr Guy Fitzgerald, spécialisé en médecine des oiseaux de proie à l'Université de Montréal. D'après ses observations, la buse du parc La Fontaine serait âgée d'au moins 3 ans.

« Un rapace comme celui-là va généralement s'enfuir avec sa proie », renchérit pour sa part Jean-François Giroux, professeur au département des sciences biologiques à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). « Il va la manger ailleurs, perché dans un arbre ou sur le toit d'un édifice. »

Affamée? Malade?

Comme plusieurs autres volatiles, les buses à queue rousse entament leur migration vers le sud des États-Unis à la fin de l'été. « Les oiseaux peuvent être parfois affamés et prennent le risque de s'alimenter en milieu urbain avant de poursuivre leur route », indique Jean-François Giroux.

Une infection, comme le virus du Nil, pourrait aussi avoir contribué à désorienter cette buse, avance le Dr Fitzgerald. Affaiblie par la maladie, elle n'aurait pas la force de déplacer sa proie.

« Ils font une encéphalite et ils subissent un ralentissement mental, explique-t-il. Avec un gros mal de bloc, ils ne sont pas vraiment en état de chasser. C'est un cercle vicieux parce qu'ils s'affaiblissent et ont encore plus de mal à s'alimenter. Quand ils attrapent quelque chose, ils ne vont pas lâcher prise afin de survivre. »

Plusieurs oiseaux de proie en ville

Faucon pèlerin, grand-duc, urubu à tête rouge : des 27 espèces de rapaces présentes au Québec, 12 à 15 d'entre elles sont observables en ville. Certaines peuvent n'être que de passage, comme les harfangs des neiges ou les balbuzards pêcheurs.

Selon Jean-François Giroux, les rapaces sont de plus en plus nombreux parce qu'ils sont mieux protégés et que le public est mieux éduqué. « Avant, il y avait des mythes entourant ces oiseaux-là et on les abattait plus facilement », dit-il.

Des parcs plus accueillants

L'environnement urbain est aussi plus propice qu'avant pour accueillir ces grands oiseaux.

Ces mini-forêts en ville sont des espaces de choix pour les chasseurs : des perchoirs avantageux, des zones gazonnées où repérer facilement une proie... sans compter de petits mammifères parfois bien dodus.

Que faire en présence d'un tel phénomène?

« Il faut laisser l'oiseau terminer son repas », souligne Jean-François Giroux.

Si le rapace présente un comportement anormal, par exemple s'il ne se sauve pas si on l'approche, il faut le déclarer aux agents de la protection de la faune, qui viendront chercher l'animal. On peut aussi communiquer avec l'Union québécoise de la réhabilitation des oiseaux de proie.

Si on doit absolument transporter l'animal, on l'enveloppe bien dans une couverture et on le dépose dans une boîte... sans oublier de mettre des gants. « Parce que les serres de buse à queue rousse sont très puissantes et peuvent passer à travers une main », prévient Guy Fitzgerald.

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