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Une étude révolutionnaire sur l'hypertension?

Les résultats d'une grande étude sur l'hypertension artérielle dévoilés récemment pourraient se transformer bientôt en conseils médicaux pour les nombreux Canadiens qui ont une pression sanguine trop élevée. Mais attention, disent certains experts, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Un texte de Normand Grondin

SPRINT est la plus grande étude clinique sur l'hypertension artérielle jamais réalisée : 9300 patients américains hypertendus de plus de 50 ans qu'on devait suivre et traiter pendant 8 ans. Mais, fait rare, les autorités américaines de la santé y ont mis fin prématurément la semaine dernière, presque deux ans avant la date prévue. La raison : on croit pouvoir sauver ainsi de nombreuses vies.

« On se sentait moralement et éthiquement obligés de le faire, explique le Dr George Mensha, directeur du National Heart, Lung, and Blood Institute, organisation américaine responsable de l'étude. Et même si les résultats sont encore préliminaires, ils fournissent des informations vitales à ceux qui soignent les gens hypertendus. »

L'étude visait essentiellement à répondre à deux questions que les cardiologues se posent depuis longtemps : jusqu'à quel point faut-il abaisser la tension artérielle d'un hypertendu? Et quel est le meilleur traitement pour y arriver?

Les 9300 patients ont donc été divisés en deux groupes égaux.

Ceux du premier groupe recevaient deux médicaments pour abaisser leur pression artérielle sous le niveau considéré à « risque élevé », soit 140/90 mmHg.

Ceux du second groupe recevaient trois médicaments et on visait cette fois-ci la barre de 120/80 mmHg, qui représente une pression artérielle « normale ».

Des chiffres spectaculaires

Résultat : on a observé 30 % moins d'accidents cardiaques (crises cardiaques/AVC) et 25 % moins de décès dans le deuxième groupe.

Conclusion : plus on traite « agressivement » les patients et mieux ils se portent.

Ces chiffres pour le moins spectaculaires ont retenu l'attention des scientifiques. Imaginez : le tiers des Américains font de l'hypertension artérielle, le principal facteur de risque de maladies cardiaques. Or, la maladie cardiaque est le premier tueur aux États-Unis et on pense avoir découvert la recette pour diminuer cette hécatombe!

George Honos, directeur du service de cardiologie du CHUM, et lui-même un spécialiste de l'hypertension, est d'accord avec la décision des auteurs de l'étude : il fallait y mettre un terme prématurément. « Ça nous rassure également sur l'approche de traitement qu'on a au Canada, une approche moins conservatrice que celle des Américains. »

L'arrêt prématuré de SPRINT a également été approuvé par tous les grands organismes qui s'occupent de santé cardiaque aux États-Unis. En toute logique, les médecins devraient donc songer dès maintenant à modifier le traitement de certains de leurs patients.

Des avis partagés

« On n'aurait jamais dû arrêter cette étude, c'est une aberration », dit Martin Juneau, directeur de la prévention à l'Institut de cardiologie de Montréal.

Le Dr Juneau rappelle que les auteurs n'ont fourni que des statistiques très sommaires à la communauté médicale, les deux valeurs de 30 % et 25 %, mais aucun chiffre absolu. On ignore donc si cette diminution du risque concerne un grand nombre des participants à l'étude clinique, ou seulement un très petit nombre.

« Qu'est-ce que je dis à mes patients? Que je baisse leur pression à 120 sur 80? Je n'ai absolument pas l'intention de le faire. Tant que je n'ai pas les données sous les yeux. »

Le médecin ajoute qu'on ignore également les résultats concernant les sous-groupes de patients (diabétique, 75 ans et plus, etc.), et les effets secondaires possibles liés à un traitement plus « agressif ».

« Ce n'est pas banal de baisser la pression à ces niveaux-là chez les gens âgés, dit-il. On peut provoquer des chutes et une fracture de la hanche. Ce n'est peut-être pas un infarctus, mais ce n'est pas beaucoup mieux au niveau de la mortalité, de la morbidité et bien sûr, de la qualité de vie. »

« C'est un résultat qui est très favorable pour l'instant, mais comme tout bon médecin, on doit attendre les détails », reconnaît le Dr Honos qui, dans l'ensemble, est plus optimiste. « Les données vont être révisées par les pairs, faire l'objet d'une publication scientifique et je crois qu'on va en parler amplement dans les mois à venir. »

Conclusion : si vous êtes hypertendus, inutile de vous précipiter chez votre cardiologue puisqu'il faudra probablement encore un certain temps avant de savoir si, oui ou non, les résultats de cette grande étude se transformeront en véritables conseils médicaux.

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