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Une nouvelle arme contre les infections respiratoires

Des chercheurs canadiens ont découvert une méthode permettant possiblement de franchir les défenses de certaines infections respiratoires contre lesquelles les antibiotiques s'avèrent impuissants.

Ces scientifiques espèrent que ces nouvelles informations pourraient un jour aider les gens atteints de fibrose kystique et d'autres maladies pulmonaires graves qui sont plus à risque de développer des infections.

Les travaux de recherche ont porté sur les biofilms - des revêtements visqueux utilisés par certains champignons et bactéries comme méthode de protection.

Ces biofilms peuvent être inoffensifs, à l'image de la pellicule gluante qui apparaît sur les tuyaux d'eau, mais ce sont aussi l'une des principales causes des infections contractées à l'hôpital.

Les microbes fabriquent des biofilms sur des surfaces telles que l'intérieur des poumons, les valves cardiaques et les hanches artificielles. En fait, selon des recherches, les prothèses et appareils médicaux implantés pourraient compter pour jusqu'à 70 % des infections attrapées à l'hôpital.

Adversaire coriace

Pour les médecins et les scientifiques, percer les mystères des biofilms tient davantage du parcours du combattant que de la promenade de santé.

Cela s'explique par le fait que certains champignons et bactéries sécrètent une matrice formée de molécules de sucre pour constituer le biofilm, soit une barrière physique et chimique visant à empêcher l'intrusion des antibiotiques et de nos cellules immunitaires.

Plus question, alors, pour ceux-ci de tuer les organismes pathogènes.

Voilà où le docteur Don Sheppard et la professeure Lynne Howell entrent en scène.

Pour le Dr Sheppard, clinicien à l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, il faut imaginer la façon dont les humains sont passés d'une vie de chasseurs-cueilleurs à l'étape de la construction de murs autour de leurs villes pour se protéger des envahisseurs.

Ainsi, la matrice formée par certaines bactéries et champignons serait similaire aux murs construits pour protéger une population.

M. Sheppard et Mme Howell sont les principaux auteurs d'une étude publiée en juin, dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences.

Les chercheurs se sont concentrés sur deux microbes provoquant des infections pulmonaires : le champignon aspergillus et la bactérie Pseudomonas aeruginosa.

Travail de longue haleine

Lors d'expériences en laboratoire, les deux scientifiques ont constaté que les microbes utilisent des « scies » formées d'une enzyme pour découper puis bâtir les murs de leurs murailles en biofilm à partir de pièces uniformes, qu'on peut comparer à des planches de bois identiques.

Ils ont été en mesure de retourner le mode de défense du microbe contre lui-même, en utilisant son fonctionnement pour créer les enzymes et décider des endroits où sont effectuées les « coupes ».

Plutôt que de reprendre des dimensions uniformes, les biofilms ont été découpés de façon différente. Les microbes ont été incapables d'employer ces « morceaux » pour réparer les trous percés dans les biofilms par les chercheurs.

« Les enzymes ont fonctionné avec un modèle animal », a mentionné M. Sheppard. Plus spécialement, il s'agissait d'un modèle de l'infection pulmonaire du champignon aspergillus chez la souris.

Il aura fallu 10 ans de travaux en laboratoire pour prouver l'implication des enzymes dans le processus d'infection. Les chercheurs ont aussi constaté que le champignon et la bactérie utilisaient le même outil, qui était actif chez les deux espèces.

Selon la professeure Howell, qui enseigne la biologie moléculaire à l'Université de Toronto, la découverte pourrait être appliquée sous la forme d'une thérapie aux enzymes capable de détruire les parois des biofilms.

Cela permettrait d'aider les gens atteints de fibrose kystique ou d'autres maladies pulmonaires graves.

Il y a encore au moins cinq ans de travaux en vue avant la première étude avec des patients humains, tempère toutefois M. Sheppard.

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