Retour

Une pétition pour en finir avec l'utilisation de porcelets dans les cours de pédiatrie

L'Université Laval serait la dernière université canadienne à toujours utiliser des porcelets pour enseigner la technique du drain thoracique aux futurs médecins. Le Comité des médecins pour une médecine responsable demande à la Faculté de médecine de mettre fin à cette pratique qu'il qualifie de « gaspillage de fonds publics ».

Un texte de Jonathan Lavoie

« L'université utilise des animaux vivants pour former les résidents pédiatriques, malgré l'existence des méthodes modernes supérieures non animales disponibles », dénonce le Comité dans une lettre qui sera envoyée jeudi aux ministres de l'Éducation supérieure, Hélène David, et de la Santé, Gaétan Barrette.

L'organisme rappelle que le gouvernement a investi des sommes considérables dans « des simulateurs pertinents aux humains » qui peuvent suffire à former les pédiatres.

Dans sa lettre envoyée au gouvernement, le Comité cite de nombreuses études qui soutiennent que la formation avec un mannequin hautement performant est tout aussi efficace qu'avec l'utilisation d'animaux.

Le Comité des médecins pour une médecine responsable presse donc le gouvernement d'abolir l'utilisation de porcelets dans les cours. Le prochain laboratoire utilisant des animaux à l'Université Laval doit avoir lieu la semaine prochaine.

Une pétition sera déposée jeudi à l'Assemblée nationale. Le Comité ajoute que l'ensemble des départements de pédiatrie américains ont cessé d'utiliser des animaux dans leurs cours. La dernière université à utiliser cette méthode d'enseignement l'a abandonné en octobre dernier.

Une formation qui « sauve des vies »

Le vice-doyen de la Faculté de médecine de l'Université Laval, le Dr Bruno Piedboeuf, n'est pas surpris de voir ce débat refaire surface. Il revient selon lui chaque année à la même période.

« C'est sûr que si on avait cédé à la pression, ces dernières années, on aurait arrêté. À notre point de vue, ce serait aux dépens des patients parce qu'en fin de compte, ce qu'on défend, c'est la qualité des soins », soutient le pédiatre néonatologiste.

L'université a bien sûr des mannequins à la fine pointe de la technologie qui sont régulièrement utilisés pour que les futurs médecins s'exercent. Le Dr Piedboeuf soutient toutefois qu'en pédiatrie, les exercices de drain thoracique sur un porcelet peuvent faire la différence entre la vie et la mort pour un nouveau-né atteint d'un pneumothorax.

« C'est une technique qui demande une certaine dextérité et qui doit se faire assez rapidement si on veut sauver des vies », fait valoir le vice-doyen de la Faculté de médecine.

Nos médecins qui vont aller travailler en région et se retrouver éventuellement seuls la nuit avec un bébé, on veut être sûr qu'ils vont être capables de faire la technique parce qu'ils n'auront pas le choix.

Dr Bruno Piedboeuf, vice-doyen de la Faculté de médecine de l'Université Laval

Le Dr Piedboeuf indique s'être déjà trouvé dans une situation où un médecin dûment formé hésitait à pratiquer la manoeuvre qui consiste à perforer le thorax d'un nouveau-né pour lui permettre de respirer.

Pratiquer la technique sur un porcelet permet, selon lui, de vaincre la réticence que pourrait avoir certains médecins à prodiguer ce soin. « La prochaine fois que le médecin devra le faire, ce sera dans une situation d'urgence pour sauver une vie », dit-il.

Le Dr Piedboeuf précise du même souffle que les cours de pédiatrie impliquant des animaux suivent toutes les règles d'éthique en la matière : « On travaille avec le comité de protection des animaux qui s'assure que nos protocoles répondent à toutes les règles. »

Plus d'articles

Commentaires