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Une première carte nationale de risque de feu

Le Service canadien des forêts a conçu une carte de risque de feu, l'équivalent d'une carte de risque d'inondation dans la plaine inondable. C'est une première à l'échelle du pays et à ce niveau de précision.

Un texte d'André Bernard à Découverte

Chaque année, des milliers de feux de forêt frappent le Canada. La majorité d'entre eux passent inaperçus parce qu'ils surviennent dans des zones éloignées. Or, il arrive, comme ce fut le cas au printemps à Fort McMurray, en Alberta, qu'une ville soit sur la route du feu.

Comment savoir quelles régions, quelles villes et quels villages s'exposent à un risque accru de subir l'impact des incendies de forêt?

Sylvie Gauthier et ses collègues du Service canadien des forêts ont entrepris de concevoir cette carte nationale de risque de feu. Elle met en commun trois types de données : la distribution des essences d'arbres et leur concentration, les intervalles de retour de feu (c'est-à-dire la récurrence des feux par région), puis la distribution des villes et des villages à l'intérieur du pays.

Composition de la forêt et concentration des résineux

La concentration des résineux est un des facteurs qui contribuent à augmenter le risque d'incendie. Les portions en vert illustrent les territoires où la portion de résineux est moins importante; en bleu, où ils sont plus nombreux.

On superpose à cette information les données sur les intervalles de retour de feu régionaux, qui correspondent au cycle du passage du feu dans chaque région. Les intervalles de retour de feu les plus courts se situent dans le centre-ouest du pays et à l'est de la baie James.

Intervalles de retour de feu

Un intervalle de retour de feu, c'est le temps qui s'écoule pour que l'équivalent d'un territoire donné brûle. Par exemple, si le feu touche 1 % de ce territoire chaque année, on estime qu'il faudra 100 ans pour que le feu brûle l'équivalent de ce territoire. L'intervalle de feu est donc fixé à 100 ans.

En rouge, on retrouve les zones où l'intervalle de retour de feu est le plus court, entre 35 et 150 ans. En orangé, autour de 200 ans. En jaune, autour de 300 ans. En vert, autour de 600 ans.

La carte de risque de feu permet de voir de quelle façon l'intervalle de retour de feu se transforme en fonction des essences d'arbres présentes dans des zones particulières de chaque région du pays.

Un plan rapproché de la zone de Fort McMurray nous permet de voir que la ville est à cheval entre deux zones distinctes de risque de feu. À gauche, l'intervalle de retour de feu est plus long à cause de la présence de feuillus; à droite, l'intervalle de feu est plus court à cause de la présence accrue de conifères.

Distribution de la population

La carte du risque de feu permet également d'ajouter la distribution géographique des villes et des villages à l'intérieur du pays et de juger du niveau de risque auquel s'expose la population en fonction de sa localisation. Les points noirs indiquent la distribution des villes et villages à l'intérieur de la carte de risque de feu.

La carte montre que la majorité de la population canadienne se trouve dans les zones où les intervalles de retour de feu sont longs.

« Quand on a fait les superpositions des cartes, ce qui a été étonnant, ça a été de constater qu'il n'y a pas tant de population qui est établie dans des forêts pour lesquelles il y a un risque de feu en deçà de 300 ans », affirme Sylvie Gauthier, chercheuse en écologie des feux au Service canadien des forêts. « Donc, le risque nous semble assez faible pour les communautés actuelles. »

Toutefois, selon les scénarios de changements climatiques les plus pessimistes, la zone où se situe l'intervalle de retour de feu le plus court va s'agrandir.

Puisque les conditions sur le terrain vont graduellement évoluer d'ici la fin du siècle, la carte du risque de feu évoluera au fil des mises à jour périodiques; c'est ce qui permettra de suivre l'évolution du risque auquel seront exposées les populations qui vivent en milieu forestier.

Le service de prévention des incendies utilisera cet outil pour faire des choix stratégiques sur les régions où l'on devra déployer en priorité des moyens pour réduire les risques de feu.

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