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Une seconde vie pour des frênes tués par l'agrile

L'agrile du frêne a tué des centaines de millions d'arbres en Amérique du Nord, qui finissent la plupart du temps en copeaux. Mais ici et là, des projets redonnent un peu de noblesse à ces arbres condamnés. En voici certains.

Un texte de Annie Hudon-Friceau de l'émission La semaine verte

À Montréal, un arbre sur cinq est un frêne. Plus de 13 000 frênes sont passés à la tronçonneuse. Et le pire est à venir. L'infestation n'a pas encore atteint son apogée dans la métropole.

L'arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie a décidé de transformer une partie de ses frênes abattus en mobilier urbain.

Au cours des derniers mois, des jeunes en réinsertion sociale ont appris à travailler le frêne et à fabriquer des bacs à fleurs et des bancs de parc. Au total, une soixantaine de pièces de mobilier ont été fabriquées et installées dans les rues et les parcs de l'arrondissement.

Pendant ce temps, Ottawa, l'une des villes les plus durement frappées par l'agrile au pays, planche sur un projet audacieux. Au total, plus de 45 000 arbres ont été rasés depuis le début de la crise, en 2008, dans cette ville où un arbre sur quatre est un frêne. 

Les frênes de la ville ne passent plus systématiquement entre les dents de la déchiqueteuse. Les plus beaux billots sont taillés en planches et jouent un rôle clé dans l'architecture des futures gares du train léger sur rail d'Ottawa.

Il y aura des plafonds et des murs entiers en bois de frêne, dans chacune des 13 stations du futur train léger sur rail. Le bois de frêne est la pièce maîtresse du concept de l'architecte en chef.

La Ville de Cincinnati va encore plus loin. Avant même que le premier arbre ne soit abattu, en 2008, le directeur des ressources naturelles de la Ville a mis sur pied une équipe d'intervention pour trouver une façon de donner une seconde vie au bois de frêne et le vendre. Le programme Bois urbain est né.

Un partenariat a été conclu avec la commission scolaire de Cincinnati. Pendant cinq ans, la Ville a fourni le bois nécessaire à la fabrication de quelque 900 pièces de mobilier vendues à différentes écoles, ce qui a rapporté environ 72 500 $, une somme qui a servi à planter de nouveaux arbres.

Et ce n'est pas tout. Une fois les besoins des écoles publiques comblés, la Ville s'est remise au travail et a développé un nouveau marché : la fabrication de planchers.

Et voici le résultat. Des planchers semblables à bien d'autres. Mais ceux-ci portent un fragment de l'histoire de Cincinnati. L'acheteur peut avoir la conscience plus verte avec ce bois recyclé qui a poussé dans sa ville pour environ le même prix que n'importe quel autre plancher de bois franc.

Le cauchemar de l'agrile tire à sa fin à Cincinnati. Seules quelques centaines de frênes sont encore debout. Les autres ont tous été abattus.

Les dirigeants de la Ville n'ont pas abandonné leur programme Bois urbain pour autant. Désormais, chaque arbre abattu, qu'il s'agisse d'un frêne ou d'une autre espèce, pourra être mis en vente, selon sa taille et la qualité de son grain.

À d'autres endroits, on a réussi à transformer le malheur en oeuvre d'art. C'est le cas à l'école Eardley, dans le secteur Aylmer, à Gatineau. L'ancienne allée bordée de frênes dans la cour d'école est aujourd'hui métamorphosée en forêt de sculptures.

L'école se trouve sur les terres d'un ancien monastère. L'allée est un legs des pères rédemptoristes. C'est le père d'un élève qui a eu l'idée d'un tel projet. Le directeur lui avait confié la tâche de raser l'allée de frênes, infestés par l'agrile.

Une quarantaine d'artistes, séduits par ce projet, ont accepté de venir donner leur coup de lame. Certains d'aussi loin que New York ou Vancouver. Et c'est dans l'imaginaire des enfants que les sculpteurs ont puisé leur inspiration.

Ce n'est pas tout. Dès l'an prochain, de jeunes arbres seront plantés entre les frênes abattus, pour créer une nouvelle allée bordée d'arbres. Et de sculptures!