Retour

Une tape en signe de récompense : qu’en pense le cheval?

Les plus grands cavaliers, même aux Olympiques, le font constamment. Après un parcours bien exécuté, ils tapotent le cou de leur partenaire pour le féliciter. Une équipe de chercheurs internationaux conclut toutefois que le cheval ne l'interprète pas nécessairement de la même manière.

Un texte de Brigitte Lévesque

Les spécialistes de l'étude, publiée récemment dans le Journal of Applied Animal Welfare Science, tentaient de comprendre ce que le cheval ressentait dans une telle circonstance et de déterminer s'il y avait une meilleure façon pour le cavalier de le récompenser et aussi de l'apaiser lors de la monte.

Dix-huit chevaux ont ainsi exécuté trois fois un même bref parcours à obstacles et reçu à la fin de chacun trois traitements différents durant une minute. Le cavalier était appelé soit à ne rien faire après le parcours, soit à donner au cheval des tapes rapides et en douceur dans son cou, soit encore à le gratter au-devant de la selle à la base de l'encolure entre les épaules, un endroit que l'on appelle le garrot.

Mieux vaut gratter que tapoter!

Les chercheurs ont clairement remarqué plus de signes d'agitation chez le cheval lorsqu'il recevait des tapes en guise de récompense. Par exemple : « des oreilles pointant vers l'arrière ou la queue qui fouette », précise Zoë Thorbergson, qui a dirigé l'étude. Ces signes ont été observés même lorsque le cavalier n'avait aucune interaction avec le cheval.

Le grattage a, pour sa part, produit l'effet contraire. « Nous avons vu davantage d'oreilles en position neutre, davantage de têtes s'abaisser, donc plus de signes de détente », ajoute Zoë Thorbergson. Elle encourage donc les cavaliers à favoriser ce geste plutôt que de tapoter pour permettre à leur partenaire équin de réduire le stress que peut lui occasionner la monte, dans le cadre d'une compétition notamment.

Parler le même langage que le cheval

Les effets bénéfiques du grattage au niveau du garrot avaient déjà été démontrés. Il s'agit de reproduire ce que les chevaux font entre eux. Ils interagissent par des frottements et des grattages réciproques.

« Ça permet d'approfondir des liens sociaux au sein du troupeau », explique l'éthologue et comportementaliste Marine Cassoret. « Des études ont remarqué effectivement que gratter le cheval à la base de l'encolure [...], ça pouvait abaisser légèrement le rythme cardiaque du cheval », ajoute-t-elle.

Récompenser au bon moment

Selon Marine Cassoret, une tape pour le cheval sur un plan éthologique « n'a pas de signification particulière ». Les chevaux ne le font pas entre eux. De plus, « on a tendance à donner une petite tape à partir du moment où le cheval a fini sa performance », observe l'éthologue, alors qu'il ne peut probablement pas l'associer à ses bons résultats.

Elle explique : « il est incapable d'associer la petite tape avec ce qu'il a fait dans la dernière demi-heure parce que pour que le cheval associe directement son comportement et sa conséquence, il ne faudrait pas qu'il y ait plus d'une demi-seconde d'écart. »

Le cheval ne pense pas comme un humain ni comme un chien

Selon les scientifiques, le cerveau d'un équidé ne fonctionne pas comme celui d'un humain ni comme celui d'un chien qui est un animal prédateur. Le cheval est une proie et son instinct premier est de fuir devant un prédateur.

Pour Marc Pierard, chercheur spécialisé en Belgique, le chien a donc une capacité à planifier du fait qu'il peut chasser, ce qui n'est pas le cas du cheval qui vit dans l'instant présent. « Donc, quand je veux lui dire qu'il a fait quelque chose de bien ou de pas bien, je dois lui dire exactement au moment où il le fait. Avec un chien, on a un peu plus de temps parce que, pour lui, la mémoire travaille un peu différemment », souligne-t-il.

Respecter le comportement naturel du cheval

La science de l'équitation, qui étudie l'impact du cavalier sur le comportement de sa monture et son bien-être, est relativement nouvelle. La pratique de l'équitation et ses principes évoluent d'ailleurs au fur et à mesure des résultats des recherches qui sont, en revanche, souvent peu connus de nombreux cavaliers.

Manquer de clarté dans les ordres ou pousser le cheval au-delà de ses capacités d'apprentissage sont des erreurs particulièrement observées par les spécialistes. « C'est plus facile de dire que c'est la faute du cheval », remarque Marc Pierard.

Aux yeux des scientifiques, il faut être conscient qu'au cours de l'évolution, les chevaux ont acquis une perception de l'environnement et une gestion de l'information qui leur sont propres. Et selon eux, plus le cheval vit dans des conditions éloignées de ce qui est naturel pour lui, comme vivre sans contact avec d'autres chevaux, plus il est exposé au risque de présenter des troubles du comportement.

Plus d'articles

Commentaires